video

Côte d’Ivoire : Une étude  sur les coûts de production du cacao révèle les défis de durabilité pour les producteurs

À l’heure où la durabilité de la cacaoculture ivoirienne est au cœur des débats internationaux, une nouvelle étude sur les coûts de production du cacao vient relancer la réflexion sur l’avenir de la filière. Présentée officiellement par l’INADES-FORMATION  COTE D’IVOIRE  en collaboration avec la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), cette recherche met en lumière les défis structurels auxquels font face les producteurs dans un contexte marqué par le vieillissement des plantations, la raréfaction de la main-d’œuvre et les effets du changement climatique.

L’atelier de restitution de cette étude menée pendant la petite traite et la grande traite de la campagne de 2024/2025 a eu lieu le mardi 24 Février 2026,   dans la commune du Plateau. Dans son mot d’ouverture, TETIALI DIGBEU, Président du Conseil d’Administration de l’organisation a insisté sur la nécessité de replacer le producteur au centre des politiques agricoles. Pour lui, comprendre les coûts réels de production du cacao est aujourd’hui indispensable pour bâtir une filière plus équitable et durable.

« La durabilité ne peut être dissociée de la rentabilité », a-t-il souligné, appelant à une meilleure prise en compte du travail familial dans la fixation du prix bord champ. Il a par ailleurs rappelé que le cacao constitue un pilier essentiel de subsistance pour des millions de familles ivoiriennes, d’où l’importance d’évaluer avec précision l’ensemble des efforts humains, matériels et financiers mobilisés dans la production.

Menée dans treize départements répartis sur huit régions du pays, Une rentabilité de plus en plus fragile, L’étude menée sur les campagnes agricoles 2024-2025 et 2025-2026 estime les coûts de production entre 1 300 et 1 500 FCFA par kilogramme de cacao, selon les hypothèses retenues pour valoriser le travail familial.

L’analyse de la structure des coûts met en évidence des variations significatives selon l’hypothèse retenue pour la valorisation du travail familial.

Lorsque celui-ci est estimé à 3 000 FCFA par jour, certains postes apparaissent particulièrement déterminants. Le coût de la terre représente environ 13 % des dépenses totales, tandis que les activités de récolte et de post-récolte avoisinent 22 %. Lorsque les opérations de post-récolte sont considérées isolément, leur poids peut atteindre 27 % du coût global. Les coûts cachés occupent également une place importante, représentant environ 21 % des dépenses totales. Par ailleurs, les opérations d’entretien des plantations comprenant le nettoyage, la taille, les traitements phytosanitaires et l’apport d’engrais, représentent près de 15 % de l’ensemble des coûts.

Lorsque la valorisation du travail familial est portée à 5 000 FCFA par jour, le coût moyen de production s’élève à 1 522 FCFA par kilogramme, contre 1 322 FCFA par kilogramme dans l’hypothèse d’une rémunération journalière de 3 000 FCFA. Or, ces niveaux de coûts sont aujourd’hui très proches du prix bord champ, ce qui limite fortement les marges bénéficiaires des planteurs. Dans certains cas, les charges réelles excèdent même les revenus tirés de la vente du cacao

Une tendance confirmée par  François Ruf, consultant principal de l’étude, qui souligne une hausse progressive des charges liées notamment à la récolte, aux traitements phytosanitaires, au transport, mais aussi aux coûts dits cachés tels que les pertes post-récolte ou les fraudes sur les pesées.

Cette étude a révélé aussi que  la cacaoculture ivoirienne serait entrée dans une phase dite de récession structurelle, caractérisée par la fin de la rente forestière qui permettait autrefois de cultiver sans recours massif aux intrants agricoles. Aujourd’hui, la dégradation des sols, la prolifération des maladies comme le swollen shoot et l’augmentation du coût du travail contraignent les producteurs à investir davantage pour maintenir leurs rendements.

En moyenne, près de 150 jours de travail sont désormais nécessaires pour produire une tonne de cacao, signe d’une baisse tendancielle de la productivité liée aux mutations environnementales et socio-économiques.

L’étude met également en évidence un déficit critique de replantation : seulement 24 % des planteurs procèdent au renouvellement de leurs vergers, exposant ainsi la filière à une érosion progressive des rendements. Cette situation compromet la durabilité des exploitations, d’autant que les coûts de replantation restent largement sous-estimés dans les calculs actuels de production.

Cette situation compromet non seulement la rentabilité des exploitations, mais également leur durabilité. En effet, les dépenses liées à la replantation  pourtant indispensables face au vieillissement des vergers restent insuffisamment prises en compte dans les coûts actuels, en raison du faible taux de renouvellement des plantations observé sur le terrain.

Des impacts socio-économiques et environnementaux

Face à ces contraintes économiques, de nombreux jeunes producteurs peinent à accéder à la terre, dont le coût peut atteindre jusqu’à un million de FCFA pour un hectare dans certaines zones comme Soubré. Cette pression foncière pousse certains planteurs à migrer vers des pays voisins, notamment le Libéria, à la recherche de nouvelles terres plus accessibles.

Pour le consultant de  la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), les incertitudes liées à la valorisation du bois issu des systèmes agroforestiers freinent l’adoption de pratiques pourtant encouragées dans une perspective de durabilité environnementale.

Vers un plaidoyer pour un meilleur prix au producteur

Pour le PCA de l’INADES, les conclusions de cette étude doivent servir de base à un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des réalités du terrain dans la fixation du prix au producteur.

« Si l’on met bout à bout les efforts humains, les intrants, l’entretien des plantations et les investissements nécessaires au renouvellement des vergers, il devient évident que le prix doit tenir compte des facteurs environnementaux et sociaux », a-t-il indiqué.

L’objectif est désormais d’engager un dialogue constructif avec les partenaires financiers et les autorités publiques afin d’identifier des solutions susceptibles d’améliorer la part revenant aux producteurs.

Dans cette optique, la diversification des cultures et le développement d’une agroforesterie à vocation économique apparaissent comme des pistes à explorer pour réduire la dépendance des ménages agricoles aux revenus issus du seul cacao.

Randohle .A

Gnity-Cailloux : la cohésion sociale, un levier pour une agriculture durable

 À Gnity-Cailloux, dans le département de San Pedro, l’Église CMA a organisé une croisade de prière placée sous le signe de la paix, de l’unité nationale et du vivre-ensemble. C’était le samedi 7 février 2026.  Une initiative spirituelle qui a rassemblé fidèles, responsables religieux et acteurs communautaires, dans un contexte où la cohésion sociale demeure un enjeu majeur pour les zones rurales.

Parmi les personnalités présentes, la coordination départementale de l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI) de San Pedro, conduite par son délégué départemental, M. Bayoué Oumarou, également Président du Conseil d’Administration de l’Entreprise Coopérative Agricole (ECAD), a marqué sa participation à cette rencontre.

Au cours de la cérémonie, les responsables religieux ont appelé à la prière pour la paix durable, la stabilité et l’unité nationale. Prenant la parole, le délégué départemental de l’UDCI a invité les pasteurs à porter dans leurs prières les préoccupations des communautés, soulignant que la paix sociale constitue un pilier essentiel du développement local, notamment pour les activités agricoles qui structurent l’économie de la localité.

Cette participation s’est faite au nom du parrain de la cérémonie, M. Téné Ibrahima Ouattara, dont l’engagement en faveur de la concorde nationale et du développement harmonieux des populations a été rappelé à cette occasion.

À travers cette présence, l’UDCI San Pedro réaffirme son attachement aux initiatives spirituelles et citoyennes visant à renforcer les liens sociaux et à préserver un climat apaisé, condition indispensable à la production agricole, à la sécurité alimentaire et au développement durable des communautés rurales.

KEVIN KPANGNI

BONDOUKOU /Debango : 4 hectares de terres transformés en forêt communautaire grâce au projet BI-TROUGO

Sous l’impulsion d’expertise France et de  l’ONG IDEF et avec le soutien financier de l’Union européenne, le village de Debango a officiellement lancé le projet BI-TROUGO. C’était le vendredi 16 janvier 2025, en présence des autorités administratives, des services techniques de l’État  et des populations locales.

Cette initiative ambitieuse, financée dans le cadre du projet Bas Carbone, vise à transformer 4 hectares de terres locales en une forêt communautaire gérée par les populations elles-mêmes. En s’appuyant sur les réformes du Code Forestier de 2019, ce projet qui allie restauration écologique et développement économique pour faire de la gestion durable des ressources un levier d’autonomisation locale s’étendra de Novembre 2025 à Décembre 2026..

L’appui des autorités administratives locales

Représentant du sous-préfet de Sorobango, Grégbé Blédou Franck Roméo, a salué cette initiative porteuse d’espoir pour la localité, soulignant l’importance de l’implication des communautés dans les projets de développement durable. Il a encouragé les populations à préserver l’esprit de collaboration qui a marqué les premières étapes du projet, gage de sa réussite et de sa pérennité.

BI-TROUGO, un projet né de la volonté communautaire

Pour Marc Anthelme Kouadio, président de l’ONG IDEF (Initiatives pour le Développement Communautaire et la Conservation de la Forêt), le succès réside dans l’appropriation locale. Lors de son allocution, il a tenu à préciser que le projet BI-TROUGO est avant tout le projet des populations et que l’ONG ne joue qu’un rôle d’appui et de facilitation. Il a rappelé que cette initiative est l’aboutissement de plusieurs années de travail basées sur le Plan d’Action Environnementale Communautaire (PAEC) que les habitants de Debango ont élaboré eux-mêmes.

Une forte mobilisation saluée par les Eaux et Forêts

Le Lieutenant-colonel Bini ADOU Guillaume, chef du cantonnement des Eaux et Forêts de Bondoukou, a qualifié les populations de Debango de « bons élèves ». Il a assuré que l’administration accompagnera les communautés dans toutes les étapes du reboisement communautaire, depuis la mise en place des pépinières jusqu’à l’entretien des plants. Il a précisé que les espèces sélectionnées, incluant des plants de mangrove, des arbres fruitiers et des essences médicinales, ont pour but de concilier la protection de l’environnement avec des retombées économiques locales.

Le soutien affirmé du ministère de l’Environnement

Au nom de Tano Jean, Directeur régional de l’Environnement, du Développement durable et de la Prévention écologique, M Isidore Kolia,  représentant du ministère a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de la préservation des ressources forestières et de la lutte contre le changement climatique. Il a encouragé l’initiative portée par l’ONG IDEF et remercié la chefferie traditionnelle ainsi que les populations de Debango pour leur adhésion au projet en insistant que ce projet s’inscrit dans les priorités stratégiques 2026 du ministère, notamment l’axe relatif à la gestion durable des ressources naturelles, à la réduction des pollutions et à la restauration des écosystèmes, avec un accent sur la promotion de l’économie circulaire et des pratiques agroécologiques.

Au cours de la cérémonie de lancement, Des focus groupes ont été organisés, notamment avec les femmes, afin d’identifier des Activités Génératrices de Revenus (AGR) en lien avec la foresterie communautaire. Ces AGR visent à renforcer l’autonomisation économique des femmes tout en soutenant la protection de la forêt.

Les populations ont également participé  à la cartographie de la future forêt communautaire, identifiant elles-mêmes les limites, les zones à restaurer et les espaces sensibles. Une démarche participative qui renforce le sentiment d’appropriation et la responsabilité collective dans la gestion durable du patrimoine forestier.

Randohle.A

PROTECTION DU PATRIMOINE IVOIRIEN/ELIMA, LES VESTIGES DANS L’OUBLI

Accessible depuis Adiaké par la lagune Aby, Elima abrite les vestiges de la première école de Côte d’Ivoire , la résidence de Arthur VERDIER , la première Usine de transformation de café et Cacao. Un patrimoine historique majeur, aujourd’hui laissé à l’abandon, que la jeunesse locale rêve de voir reconnu et protégé, jusqu’au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Il est 10H30 minute ce mercredi 29 décembre 2025, à bord d’une petite pirogue à moteur, traversant la lagune ABI durant   1heure 15 minutes  de la ville d’Adiaké au village d’Elima, le constat est amer, la lagune ABI qui s’étend sur plus 424 metre carrée  grogne, l’orpaillage illégal fait sa loi

La pollution vient de loin

Selon les témoignages des villageois, la dégradation de la lagune Aby serait en grande partie liée à l’orpaillage clandestin, pratiqué en amont sur les fleuves Comoé et la frontière ghanéenne. Ces cours d’eau, qui alimentent la lagune, charrient aujourd’hui bien plus que de l’eau : boues, résidus chimiques et sédiments pollués. Mercure, cyanure, terres remuées… autant de substances utilisées ou libérées par l’orpaillage, qui finissent par se retrouver dans la lagune.

11h45 minutes, nous voici aux abords du village d’ELIMA,

« Ici, c’est Élima » : le récit d’Ahoussou Francis, guide communautaire

« Ici, nous sommes à Élima, un village chargé d’histoire. Quand on parle de la première école de Côte d’Ivoire, c’est bien ici. Malheureusement, aujourd’hui, il ne reste qu’un seul bâtiment, en ruine, mais ce bâtiment porte une mémoire très importante. »

Selon Ahoussou Francis, guide communautaire du site, l’école a été construite bien avant 1882, l’année où les cours ont officiellement commencé. « D’après ce que nous ont transmis nos parents et les anciens, la construction remonte autour de 1876. C’est ce qui fait d’Élima un lieu fondateur de l’enseignement en Côte d’Ivoire », explique-t-il.

L’école a été initiée par Arthur Verdier, explorateur et planteur français. « À l’époque, son objectif était clair : former des traducteurs et des encadreurs pour accompagner ses activités agricoles, notamment le café et le cacao, mais aussi affirmer la présence française face aux Anglais qui avançaient dans la région », raconte le guide. Initialement prévue à Krindjabo, la construction fut refusée par le roi, inquiet de voir les enfants, surtout les filles, s’éloigner des travaux traditionnels. « C’est ainsi que l’école a finalement été implantée ici, à Élima », précise-t-il. Pourtant, malgré son importance, l’établissement ne bénéficia jamais d’une reconnaissance officielle sur place. « Plus tard, l’école a été déplacée à Assinie, où elle a été reconnue officiellement en 1893, après que la Côte d’Ivoire soit  devenue colonie française ».

Pendant longtemps, les bâtiments sont restés en bon état. « Nos parents ont connu ce site encore debout, bien conservé, jusque dans les années qui ont suivi l’indépendance », se souvient-il. Mais avec le temps, les destructions, les incendies et l’absence d’entretien ont progressivement eu raison des vestiges. « Aujourd’hui, tout est à ciel ouvert, sans protection. Des gens viennent, prennent des photos, marchent sur le site sans guide, et cela accélère la dégradation », regrette-t-il

Sauver Élima : quand les communautés se mobilisent pour leur histoire

Face à cette situation, la communauté ne baisse pas les bras. « Nous, populations d’Élima, nous voulons sauver ces vestiges. Si on les protège, c’est Élima qui gagne », insiste le guide. L’objectif est de sécuriser le site, restaurer ce qui peut l’être et faire de ce patrimoine un outil de transmission, d’éducation et de développement local, à l’image de Grand-Bassam.

Aujourd’hui, Élima compte environ 1 500 habitants et ne dispose que d’une école primaire de six classes, construite grâce à des projets publics et privés. « Préserver ce patrimoine, c’est aussi permettre aux générations futures de comprendre d’où elles viennent », conclut Ahoussou Francis, convaincu que la reconnaissance et la valorisation des vestiges sont essentielles pour inscrire Élima dans l’histoire nationale.

Geo4Forest, un partenaire stratégique de la conservation communautaire

Dans le cadre de ce projet, Geo4Forest s’impose comme un acteur stratégique de référence. Centre international de recherche et d’accompagnement institutionnel, l’organisation intervient à la croisée de la conservation des ressources naturelles, de la valorisation des patrimoines et du renforcement des capacités des communautés locales, en étroite collaboration avec les États et les collectivités territoriales.

Marc Anthelme Kouadio, représentant de Geo4Forest, explique que l’intervention de l’organisation à Élima repose sur une conviction forte :

«Le site d’Élima, qui abrite notamment les ruines de la première école, la maison d’Arthur Verdier et une ancienne zone de transformation du café constitue un patrimoine culturel et historique majeur, mais  aujourd’hui soumis à de fortes pressions liées à l’occupation non planifiée de l’espace et à l’absence de mécanismes locaux de surveillance. Or, notre expérience montre que la protection durable de tels vestiges ne peut être effective sans l’implication directe des communautés riveraines. »

Une gouvernance communautaire au cœur de la stratégie

Selon lui, l’approche proposée vise avant tout à renforcer la gouvernance locale du patrimoine :« Notre objectif est de contribuer à la protection, à la sécurisation et à la valorisation durable des vestiges d’Élima, à travers une organisation communautaire structurée, outillée et reconnue. Il s’agit de mettre en place une ONG locale dédiée au patrimoine, de cartographier et délimiter les zones sensibles, mais aussi d’instaurer un dispositif communautaire de suivi et de veille. » Prévue sur une durée de 36 mois, cette L’initiative s’inscrit pleinement dans les Objectifs de développement durable 11 (villes et communautés durables), 15 (vie terrestre) et 16 (paix, justice et institutions efficaces).

Marc Anthelme Kouadio souligne également l’importance de la reconnaissance institutionnelle et de la transmission :

« Nous voulons accompagner les communautés dans la documentation de leur histoire, la collecte des récits oraux et la constitution d’un dossier patrimonial solide, capable d’ouvrir la voie à une reconnaissance officielle, y compris au niveau international. La valorisation éducative et l’écotourisme culturel doivent permettre aux populations locales de tirer un bénéfice durable de la préservation de leur patrimoine. »

RANDOHLE.A

Marché carbone et cacao : la Côte d’Ivoire face à une opportunité climatique et agricole majeure

« La Côte d’Ivoire dispose d’environ six millions d’hectares éligibles. C’est une opportunité unique pour développer des projets carbone capables de générer des revenus tout en restaurant durablement les paysages forestiers »

Protection de la biodiversité : le Domaine de la Rêverie engagé pour une Réserve Naturelle Volontaire

Préserver ce qui reste pour transmettre aux générations futures. À Anyama, le Domaine de la Rêverie s’engage dans un processus de classement en Réserve Naturelle Volontaire, avec l’appui des autorités environnementales, des journalistes et des communautés locales, afin de sauver La dernière forêt en Abidjan reliant le Parc National du Banco et la Forêt Classée Yapo-Abbe.

Face aux menaces croissantes qui pèsent sur les écosystèmes, l’exploitation forestière, agriculture extensive, urbanisation galopante,  la Côte d’Ivoire explore des solutions participatives pour renforcer la protection de sa biodiversité. Pour ce fait, le 11 février 2002, une loi portant sur la création, la gestion et le financement des réserves naturelles volontaires a été adoptée par l’assemblée nationale, ce décret  permet à tout propriétaire, communauté ou institution d’engager volontairement ses terres dans un processus de conservation officielle. Il existe cinq (5) Réserves naturelles volontaires en Côte d’Ivoire jusqu’à ce jour…..qui sont la réserve naturelle volontaire Eden de l’Agneby-Tiassa, la réserve naturelle Corridor Ecologique de Tai, les sites SIFCA (Eyania et Zuenoula), Reserve naturelle volontaire du N’ZI; la forêt maraie Tanoe Eyi.

Afrikibarru 2, un cadre d’échange et d’accompagnement

Lors du 2e voyage de presse  qui s’inscrit dans la dynamique du projet Afrikibarru 2 financé par CFI Media, et mis en œuvre par l’ONG Initiative pour le développement communautaire et la conservation de la Foret  qui promeut la gouvernance environnementale participative , 5 journalistes bénéficiaires de ce projet, experts du MINEDD-TE et de la Direction de la Protection de l’environnement , gestionnaires du Domaine de la Rêverie  et la communauté ont échangé sur les exigences techniques, juridiques et environnementales liées à la création d’une RNV. Cette rencontre a permis de clarifier les responsabilités du gestionnaire, mais aussi les opportunités offertes par ce statut: reconnaissance officielle, accompagnement technique de l’État et contribution aux engagements nationaux de conservation.

Domaine de la Rêverie : une vision environnementale née il y a plus de 50 ans

« Le Domaine de la Rêverie est né de la vision précoce d’un homme qui, dès le départ et sur deux générations, a su anticiper l’importance des enjeux environnementaux auxquels le monde est aujourd’hui confronté. Dans les années 1970, il fait l’acquisition d’une portion de l’ex-forêt classée de la Téké, alors déclassée. Contrairement aux usages courants de l’époque, il choisit de préserver une grande partie de ce patrimoine forestier, une décision maintenue jusqu’à ce jour, depuis 1971. À l’origine, la forêt s’étendait sur environ 858 hectares. Aujourd’hui, il n’en subsiste qu’un fragment estimé à 74Hectares, dont l’« eau pleine de terre » constitue l’un des derniers vestiges, témoin du lien étroit entre l’homme et la nature qui caractérisait autrefois cet espace. C’est autour de cette volonté de conservation qu’a été créé le Domaine de la Rêverie, un centre de recherche axé sur l’agroécologie et la protection de l’environnement. Toutefois, la survie d’un tel écosystème reste un défi majeur face aux pressions anthropiques croissantes. » a déclaré Soycado Samuel, ingénieur agronome spécialisé en production végétale, représentant les gestionnaires du domaine

Un site naturel porté par une vision de conservation

Situé à 6 kilomètres du village de Yapokoi dans la commune d’Anyama dans le Nord-Est de la capitale économique de la Cote d’Ivoire, le domaine de la rêverie s’étend sur une superficie de 74 hectares dont 12 hectares de forêts  primaires et 62 Hectares de forêts secondaires, niché dans un environnement encore préservé, le Domaine de la Rêverie se distingue par la richesse de ses paysages, sa couverture végétale et la présence d’espèces locales caractéristiques. Conscients de la fragilité de cet écosystème, les gestionnaires du domaine ont exprimé leur volonté de protéger durablement le site, tout en conciliant conservation, éducation environnementale et valorisation responsable.

Le domaine de la rêverie abrite une riche faune et flore

Marc Anthelme Kouadio, président de l’ONG  initiative pour le développement communautaire et la conservation de la Foret accompagnatrice de ce projet  a présenté les espèces et essences découverts dans le domaine de la Rêverie qui nécessite qu’il soit érigé en réserve Naturelle Volontaire. Selon lui, bien que la liste ne soit pas encore exhaustive, le Domaine de la Rêverie abrite une faune relativement diversifiée. Plusieurs espèces ont déjà été observées, notamment des perroquets à tête blanche, ainsi que des traces de céphalophes, communément appelés biches ou petits gibiers. Certaines espèces identifiées sont aujourd’hui menacées de disparition. En ce qui concerne la flore, le site regorge de nombreuses essences forestières. Parmi les espèces déjà recensées figurent notamment le badi ou bilinga, les ilombas, ainsi que plusieurs autres essences caractéristiques de la forêt dense, on a onze espèces d’amphibiens. On a vu des crapaudes d’alouelles, des crapauds, des scélophys, des grenouilles qui sont aussi en voie de disparition.

« Ce massif forestier joue par ailleurs un rôle écologique stratégique. Il constitue une zone de transition essentielle entre le Parc national du Banco et la forêt classée de Yapo-Abbé, servant de corridor naturel pour la migration des oiseaux vers cette dernière. Sans l’existence de ce pôle forestier, ces mouvements migratoires seraient fortement compromis » a insisté Marc Anthelme Kouadio.

L’implication des communautés dans la conservation et la protection des réserves naturelles volontaires

Toujours dans son exposé le président de l’ONG IDEF a souligné l’importance de la communauté dans cette bataille. Pour lui, il faut que la communauté soit impliquée pour que la forêt survive  « La gestion du Domaine de la Rêverie ne repose pas uniquement sur les responsables du site. Elle se veut inclusive et participative, en intégrant pleinement les communautés locales riveraines, notamment celles du village de Yapokoi, situé à proximité immédiate du domaine, L’objectif est de leur faire comprendre la démarche d’inclusion et d’implication envisagée dans la gestion durable du site. Cette participation passera par un accompagnement structuré et des actions de formation, afin de leur permettre d’identifier clairement les rôles qu’elles peuvent jouer dans la préservation et la conservation de ce patrimoine naturel.

Les procédures d’érection expliquée sur le terrain par les représentants du département de la protection de la nature

« La procédure d’érection d’une forêt en réserve naturelle volontaire débute par une demande officielle de classement. Celle-ci est formulée par la communauté, le gestionnaire ou le promoteur, à travers un courrier adressé au ministère en charge des Parcs et Réserves, exprimant la volonté de voir la forêt concernée bénéficier de ce statut de protection.

À la suite de cette requête, une équipe technique de la direction compétente est dépêchée sur le terrain pour une visite d’évaluation. Cette mission permet d’apprécier l’état de conservation de la forêt et de vérifier si elle répond aux critères requis pour être classée en réserve naturelle volontaire. À l’issue de cette visite, les experts formulent leurs observations et recommandations.

La troisième étape porte sur la constitution du dossier technique, un document clé qui comprend notamment des inventaires de la faune et de la flore, des études socio-économiques, des cartes à l’échelle, ainsi qu’un document attestant de la propriété ou des droits du promoteur sur la forêt concernée.

Une fois le dossier technique finalisé, une commission de classement est mise en place. Présidée par le préfet, cette commission examine l’ensemble des éléments du dossier et rend un avis. Si les membres se prononcent favorablement, le processus se poursuit avec l’élaboration d’un projet de décret, soumis à la validation des ministres concernés. Après adoption, la forêt est officiellement reconnue comme réserve naturelle volontaire » a expliqué de façon linéaire Péronne Kouassi, chef des services à la Direction de la protection de la nature du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la transition écologique.

Le chef des services à la Direction de la protection de la nature du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la transition écologique a insisté que bien que ces étapes puissent sembler simples sur le papier, la procédure est généralement longue et rigoureuse. Elle implique plusieurs études, la production de documents techniques, mais aussi de nombreuses actions de sensibilisation auprès des communautés locales, afin de recueillir leur adhésion et de prévenir tout litige. L’objectif est de garantir un consensus autour d’un espace qui intègre le patrimoine de l’État, tout en restant géré de manière participative par les communautés.

Enfin, l’érection en réserve naturelle volontaire s’accompagne de l’élaboration d’un plan d’aménagement et de gestion, défini en concertation avec les populations concernées. Cette approche vise à assurer la protection durable des écosystèmes, dans une logique de gestion participative, afin de préserver l’environnement et de transmettre ce patrimoine naturel aux générations futures ». 

Adam’S Kouassi, chef de service au niveau de la direction de la protection de la nature, du ministère de l’environnement et de la transition écologique a ajouté que « pour être classé en réserve naturelle volontaire, le site doit être naturel, bien conservé, rare et présenter un intérêt régional, national ou international, notamment par la présence d’espèces endémiques ou d’éléments remarquables.
Un autre critère essentiel est la preuve de la propriété du site par le promoteur, sans laquelle aucun classement n’est possible.
Enfin, la superficie et l’existence d’une carte du site sont encadrées par la loi ».

Un appel bien perçu par la communauté

Elles étaient une dizaine venue pour s’informer sur l’importance de s’impliquer à la protection de ce joyau qui leur est favorable  , elles en ressortent de ces échanges bien informées  et s’engagent  « En tout cas c’est ici que les tradipraticiens et nos mamans prennent les écorces des bois pour soigner les maladies donc, nous en s’engage dans la surveillance et alerter si nous voyons des choses pas claires ici » s’est exprimée Boa Rosaleine qui a participé pleinement à l’inventaire de nuit comme de jours

RANDOHLE .A

Manque de liquidité pour l’achat des fèves de Cacao pour la campagne 2025-2026, les producteurs et la PICD Plaident  pour une banque agricole

À l’issue d’une conférence de presse organisée le 4 décembre à Yamoussoukro, plusieurs responsables de coopératives cacaoyères ont exprimé leur désarroi face  aux  blocages persistants dans la commercialisation du cacao, malgré la satisfaction exprimée à l’annonce du prix bord champ fixé cette année à 2 800 FCFA le kilo.

Une joie de courte durée. Des délais anormalement longs qui paralysent la filière

Les coopératives pointent du doigt les délais excessifs à toutes les étapes : émission et validation des connaissements, déchargement au port, encaissement des chèques, puis retrait des fonds en banque.

Selon le PCA de la coopérative CAPRISSA situé dans l’indenié djuablin
« Pour incorporer et valider un connaissement, nous avons immobilisé une remorque pendant près d’une semaine. Et au port, le déchargement peut prendre des jours, voire des semaines. Ensuite, récupérer l’argent à la banque peut prendre cinq jours à une semaine. »Ces lenteurs provoquent une situation financière critique.

Pres de 1MILLIARD 102 MILLIONS DE FCFA ne sont encore pas encore payés aux producteurs


« Nous sommes à près d’un milliard 102 millions de dépôts-vente que nous n’arrivons pas à payer tout simplement parce que tout est bloqué », a-t-il révélé.

Les magasins sont saturés du central aux sections, créant un problème de stockage aigu. Et ce retard de paiement a un impact direct sur les planteurs.


« Les producteurs ont des urgences. Ils préfèrent brader leurs produits que d’attendre le dépôt de vente, ce qui les pousse vers les acheteurs véreux », regrette Mr KOUADIO KOUAKOU LAURENT

Un appel fort au gouvernement et au Conseil du Café-Cacao

Les acteurs de la filière demandent un engagement plus fort des autorités pour débloquer la situation.
« Nous interpellons les décideurs à nous aider à rendre plus fluide le processus de déchargement du cacao au port et à accompagner les coopératives, surtout pour faciliter l’obtention des prêts bancaires », a insisté YAPO SEKA PCA de la coopérative GEDEON d’Affery il a par la suite proposé que  le CCC joue un rôle de garant pour soutenir les coopératives sérieuses dans l’accès au crédit.

Vers la création d’une banque agricole ?

Les responsables estiment que l’un des leviers essentiels serait la création d’une banque agricole dédiée, adaptée aux réalités du secteur.


« Oui, c’est vrai qu’on a fait des échecs avant, mais on peut toujours reprendre. Tant qu’on va rester là, les producteurs seront la proie des acheteurs véreux. Il faut que nous ayons une banque à nous-mêmes, adaptée à nos réalités », a plaidé un intervenant.

Pour lui, les producteurs remboursent déjà leurs crédits auprès des exportateurs ou des sociétés de camions ; il est donc incompréhensible que l’accès aux banques classiques soit si difficile.
Il appelle enfin le Conseil du Café-Cacao à être attentif à leurs préoccupations et à envisager des mécanismes de financement innovants :
« Il suffit de prévoir des lignes de prélèvement pour financer la création de cette banque et ça va nous faire du bien. » a renchérit YAPO SEKA PCA de la coopérative GEDEON d’Affery

Une filière sous pression qui attend des mesures fortes

Les responsables des coopératives concluent en exhortant le gouvernement et le ministère de tutelle à débloquer urgemment la situation pour permettre aux producteurs de recevoir rapidement leurs paiements et de poursuivre leurs activités dans de meilleures conditions.

                                                                  RANDOHLE. A

Côte d’Ivoire / Campagne cacao 2025-2026 : la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable alerte sur de graves dysfonctionnements et exhorte les autorités à adopter des mesures fortes pour une campagne plus transparente et plus efficace

Deux mois après le lancement de la grande campagne 2025-2026, la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICD) tire la sonnette d’alarme.

Réunis du 3 au 4 Décembre 2025 à Yamoussoukro, au cours d’un atelier d’évaluation à mi-parcours de la   Campagne principale de  cacao 2025-2026, qui a lieu  à l’issue d’une vaste consultation auprès de ses 9 délégations régionales, la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICD)  met en lumière une série de dysfonctionnements qui fragilisent les producteurs et perturbent l’ensemble de la chaîne de commercialisation du cacao,

Ces blocages sont de plusieurs niveaux, entre autres, la lenteur de la validation des connaissements qui occasionne des surcouts liées à la location des véhicules, le manque de financement des organisations professionnels Agricoles (OPA) qui entraine le refus des producteurs  au système dépôt vente.

La PICD dénonce en outre des « réfactions abusives » pratiquées par des acheteurs véreux. Ces derniers émettent des reçus officiels tout en retenant illégalement entre 3 et 5 kg par sac et  le prix effectivement versé aux producteurs passe sous la barre fixée à 2 800 FCFA/kg pour la campagne en cours.

L’appel de la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao durable

Pour sortir de cette impasse, la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable appelle le Conseil Café-Cacao à prendre des mesures d’urgence à savoir la  fluidification des déchargements, contrôle strict des prix et des pesées, renforcement des qualiticiens et facilité d’accès au crédit pour les coopératives.

Pour le moyen et long terme
« Elle recommande également un cadre de concertation entre acteurs, une accélération de la lutte contre le swollen shoot, l’entretien des pistes rurales et une meilleure valorisation des coopératives. »

Un appel à la responsabilité collective

La PICD réaffirme son engagement aux côtés du gouvernement et des acteurs de la filière pour garantir un revenu décent aux producteurs.
« Les producteurs de cacao sont les piliers de la richesse de la Côte d’Ivoire », rappelle la plateforme, exhortant les autorités à adopter des mesures fortes pour une campagne plus transparente et plus efficace.

A noté que cet atelier s’inscrit le cadre du projet « Renforcement de la société civile pour la durabilité et la bonne gouvernance de la filière cacao en Côte d’Ivoire », cofinancé par l’Union Européenne, et Porté par un consortium d’organisations composé d’INADES-Formation Côte d’Ivoire, IDEF, Solidaridad West Africa, INKOTA Netzwerk et FERN, ce projet vise à structurer un réseau solide d’acteurs engagés pour un cacao durable, équitable et respectueux des droits humains.

                                                                                                        Randohle.A

Interview avec Éric Konan, Coordonnateur du Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE) « Le projet PRE a déjà réduit 20 millions de tonnes de CO2 »

Dans le cadre de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique, la Côte d’Ivoire a mis en œuvre le Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE). Ce projet pilote, inscrit dans le mécanisme international REDD+, permet de réduire les émissions de CO2, de protéger les forêts et de récompenser les communautés locales.

Pour en comprendre les enjeux, nous avons rencontré Éric Konan, coordonnateur du projet PRE.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Éric Konan (EK) : Bonjour, je suis Éric Konan, ingénieur des Eaux et Forêts et coordonnateur du Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE). Ce projet s’inscrit dans la phase de paiement basé sur les résultats du mécanisme REDD+.

Qu’est-ce que le projet PRE et quelle est sa durée ?

EK : Le PRE vise à réduire la déforestation et la dégradation des forêts, à valoriser les réductions d’émissions de CO2 sur les marchés du carbone et à redistribuer les revenus issus de la vente des crédits carbone aux bénéficiaires.
La première phase a démarré en 2020 pour une durée de cinq ans, suite à la signature d’un contrat entre la Côte d’Ivoire et le Fonds carbone de la Banque mondiale.

Quelles sont les zones concernées par ce projet ?

EK : Le projet couvre cinq régions administratives autour du parc national de Taï : Cavally, Guémon, Nawa, San-Pédro et Gbokle.

Quels sont les objectifs prioritaires ?

EK : Les priorités sont claires : réduire les émissions de gaz à effet de serre, augmenter la séquestration de carbone à travers le reboisement et l’agroforesterie, et redistribuer les revenus générés aux communautés locales et partenaires.

Quelles activités menez-vous concrètement ?

EK : Nous travaillons sur trois grands axes : à savoir la conservation des forêts, le reboisement de zones dégradées, et l’agroforesterie, notamment l’introduction d’arbres forestiers dans les plantations de cacao.

Qui sont les bénéficiaires du projet ?

EK : Les bénéficiaires sont toutes les personnes et structures des cinq régions concernées qui pratiquent l’agroforesterie, le reboisement ou la conservation des forêts. Cela inclut les planteurs, les communautés locales, les coopératives, mais aussi les administrations, ONG et organisations qui accompagnent les populations.

Comment mesurez-vous les réductions d’émissions ?

EK : Les réductions sont calculées selon les standards internationaux du Fonds carbone de la Banque mondiale. Nous disposons d’experts en télédétection et inventaire de gaz à effet de serre qui établissent ces données. Elles sont ensuite vérifiées et certifiées par des auditeurs indépendants mandatés par la Banque mondiale. Une fois certifiées, les paiements sont déclenchés.

Les communautés locales sont-elles réellement impliquées ?

EK : Elles sont plus qu’impliquées : elles sont au cœur du projet. Ce sont elles qui réalisent les activités sur le terrain. Sans leur engagement, il n’y aurait pas de PRE.

Comment avez-vous convaincu les populations de conserver leurs forêts ?

EK : Cela n’a pas été facile. Depuis 2013, la Côte d’Ivoire mène des campagnes de sensibilisation. Progressivement, les communautés ont compris qu’il est possible de produire sans détruire la forêt. Aujourd’hui, elles voient l’agroforesterie comme une source de revenus et une garantie de durabilité.

Quels résultats avez-vous obtenus jusqu’à présent ?

EK : C’est environ 20 millions de tonnes d’équivalent CO2 qui ont été réduites et certifiées au cours de la période allant du 20 octobre 2020 au 31 décembre 2023, avec environ 8 millions de tonnes supplémentaires qui sont en attente de vérification pour l’année 2024. Et pour le premier appel à manifestation d’intérêt, ce sont environ 59.000 bénéficiaires qui ont été recensés dont 43.000 ont été jugés éligibles au paiement et 28.000 de ces 43.000 bénéficiaires-là ont fait l’objet de vérification donc leurs activités ont effectivement été vérifiées sur le terrain et 11.500 ont déjà reçu leur paiement pour un peu plus de 1,5 milliard de francs CFA qui ont été distribués et les paiements y se poursuivent.

Comment fonctionne le mécanisme de paiement ?

EK : Les paiements sont effectués par la Fondation pour les Parcs et Réserves, directement sur les comptes bancaires ou mobiles des bénéficiaires.
Le montant varie selon la superficie et l’activité réalisée. Par exemple, un hectare d’agroforesterie avec 25 arbres rapporte environ 30.000 FCFA.

Quelles mesures garantissent la transparence dans la gestion des fonds ?

EK : Un plan de partage des bénéfices a été élaboré et validé par toutes les parties prenantes. Il définit les bénéficiaires et les modalités d’accès aux paiements. En plus, des audits indépendants sont réalisés régulièrement pour s’assurer du respect de ce plan.

Comment assurez-vous la durabilité des acquis après le financement ?

EK : Nous observons déjà une amélioration de la résilience des plantations grâce à l’agroforesterie. De plus, une partie des revenus est placée dans un fonds de dotation géré par la Fondation pour les Parcs et Réserves, qui généreront des intérêts pour maintenir les paiements à long terme.

Y a-t-il encore une possibilité de s’inscrire au projet ?

EK : Oui. Le deuxième appel à manifestation d’intérêt est ouvert jusqu’au 22 octobre 2025. Les personnes peuvent s’inscrire en ligne sur www.projetpre.ci ou auprès des services déconcentrés des ministères concernés, des autorités locales et des coopératives partenaires.

Quel message souhaitez-vous adresser aux communautés et aux journalistes ?

EK : Aux communautés, je dis : l’argent est disponible, venez-vous faire recenser pour bénéficier de vos efforts en faveur de la forêt.
Aux journalistes : soyez nos relais pour diffuser l’information partout, jusque dans le plus petit village. C’est ainsi que toutes les personnes concernées pourront profiter des retombées du projet.

Interview réalisée par Randohle A., dans le cadre du projet Afrikibarru 2 financé par Canal France International (CFI), dont AgrotvCI est bénéficiaire.

La Bourse des matières premières agricoles présentée aux acteurs du secteur

En Côte d’Ivoire, la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) a été présentée aux acteurs du secteur, le dimanche 10 septembre 2025.

« Bourse des matières premières agricoles : enjeux et défis pour le développement d’un secteur agricole moderne en Côte d’Ivoire »  était le thème de cette rencontre  Initiée par le   Comité de Concertation Etat/Secteur Privé (CCESP) en collaboration avec le ministère de l’agriculture et du développement rural, et la Bourse Régionale des Valeurs mobilières (BRVM).

Les acteurs du secteur ont été entre autres instruits sur les avantages de la Bourse des matières premières agricole, ses spécificités, ses perspectives.

Pour  la Secrétaire Exécutif du CCESP Mariam Fadiga Fofana,  « la BMPA  est  la matérialisation  de l’ambition du gouvernement ivoirien d’œuvrer à la transformation structurelle de l’économie ivoirienne.

«  Cette réforme, répond aux enjeux de la transparence des prix et d’une meilleure rémunération des producteurs ivoiriens. Elle entend également améliorer le financement du secteur agricole et stimuler la production locale », a-t-elle ajouté.

La crédibilité  des  Bourse des matières premières agricoles, suscitera l’intérêt des  banques  pour le secteur  agricole et les chaînes de valeur, facilitant  ainsi les financements, à en croire  Philippe Brizoua, directeur du développement du marché et de gestion des projets de la BRVM.

Lancé le 28 mai, en marge du Salon internationale de l’agriculture et des ressources animales (SARA), la Bourse des matières premières agricoles est  une plateforme de cotation qui a débuté ses activités avec trois spéculations que sont  la noix de cajou, la noix de cola et le maïs.

MYA

Scroll to top