PROTECTION DU PATRIMOINE IVOIRIEN/ELIMA, LES VESTIGES DANS L’OUBLI

Accessible depuis Adiaké par la lagune Aby, Elima abrite les vestiges de la première école de Côte d’Ivoire , la résidence de Arthur VERDIER , la première Usine de transformation de café et Cacao. Un patrimoine historique majeur, aujourd’hui laissé à l’abandon, que la jeunesse locale rêve de voir reconnu et protégé, jusqu’au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Il est 10H30 minute ce mercredi 29 décembre 2025, à bord d’une petite pirogue à moteur, traversant la lagune ABI durant 1heure 15 minutes de la ville d’Adiaké au village d’Elima, le constat est amer, la lagune ABI qui s’étend sur plus 424 metre carrée grogne, l’orpaillage illégal fait sa loi
La pollution vient de loin
Selon les témoignages des villageois, la dégradation de la lagune Aby serait en grande partie liée à l’orpaillage clandestin, pratiqué en amont sur les fleuves Comoé et la frontière ghanéenne. Ces cours d’eau, qui alimentent la lagune, charrient aujourd’hui bien plus que de l’eau : boues, résidus chimiques et sédiments pollués. Mercure, cyanure, terres remuées… autant de substances utilisées ou libérées par l’orpaillage, qui finissent par se retrouver dans la lagune.
11h45 minutes, nous voici aux abords du village d’ELIMA,

« Ici, c’est Élima » : le récit d’Ahoussou Francis, guide communautaire
« Ici, nous sommes à Élima, un village chargé d’histoire. Quand on parle de la première école de Côte d’Ivoire, c’est bien ici. Malheureusement, aujourd’hui, il ne reste qu’un seul bâtiment, en ruine, mais ce bâtiment porte une mémoire très importante. »
Selon Ahoussou Francis, guide communautaire du site, l’école a été construite bien avant 1882, l’année où les cours ont officiellement commencé. « D’après ce que nous ont transmis nos parents et les anciens, la construction remonte autour de 1876. C’est ce qui fait d’Élima un lieu fondateur de l’enseignement en Côte d’Ivoire », explique-t-il.

L’école a été initiée par Arthur Verdier, explorateur et planteur français. « À l’époque, son objectif était clair : former des traducteurs et des encadreurs pour accompagner ses activités agricoles, notamment le café et le cacao, mais aussi affirmer la présence française face aux Anglais qui avançaient dans la région », raconte le guide. Initialement prévue à Krindjabo, la construction fut refusée par le roi, inquiet de voir les enfants, surtout les filles, s’éloigner des travaux traditionnels. « C’est ainsi que l’école a finalement été implantée ici, à Élima », précise-t-il. Pourtant, malgré son importance, l’établissement ne bénéficia jamais d’une reconnaissance officielle sur place. « Plus tard, l’école a été déplacée à Assinie, où elle a été reconnue officiellement en 1893, après que la Côte d’Ivoire soit devenue colonie française ».

Pendant longtemps, les bâtiments sont restés en bon état. « Nos parents ont connu ce site encore debout, bien conservé, jusque dans les années qui ont suivi l’indépendance », se souvient-il. Mais avec le temps, les destructions, les incendies et l’absence d’entretien ont progressivement eu raison des vestiges. « Aujourd’hui, tout est à ciel ouvert, sans protection. Des gens viennent, prennent des photos, marchent sur le site sans guide, et cela accélère la dégradation », regrette-t-il

Sauver Élima : quand les communautés se mobilisent pour leur histoire
Face à cette situation, la communauté ne baisse pas les bras. « Nous, populations d’Élima, nous voulons sauver ces vestiges. Si on les protège, c’est Élima qui gagne », insiste le guide. L’objectif est de sécuriser le site, restaurer ce qui peut l’être et faire de ce patrimoine un outil de transmission, d’éducation et de développement local, à l’image de Grand-Bassam.
Aujourd’hui, Élima compte environ 1 500 habitants et ne dispose que d’une école primaire de six classes, construite grâce à des projets publics et privés. « Préserver ce patrimoine, c’est aussi permettre aux générations futures de comprendre d’où elles viennent », conclut Ahoussou Francis, convaincu que la reconnaissance et la valorisation des vestiges sont essentielles pour inscrire Élima dans l’histoire nationale.
Geo4Forest, un partenaire stratégique de la conservation communautaire

Dans le cadre de ce projet, Geo4Forest s’impose comme un acteur stratégique de référence. Centre international de recherche et d’accompagnement institutionnel, l’organisation intervient à la croisée de la conservation des ressources naturelles, de la valorisation des patrimoines et du renforcement des capacités des communautés locales, en étroite collaboration avec les États et les collectivités territoriales.
Marc Anthelme Kouadio, représentant de Geo4Forest, explique que l’intervention de l’organisation à Élima repose sur une conviction forte :
«Le site d’Élima, qui abrite notamment les ruines de la première école, la maison d’Arthur Verdier et une ancienne zone de transformation du café constitue un patrimoine culturel et historique majeur, mais aujourd’hui soumis à de fortes pressions liées à l’occupation non planifiée de l’espace et à l’absence de mécanismes locaux de surveillance. Or, notre expérience montre que la protection durable de tels vestiges ne peut être effective sans l’implication directe des communautés riveraines. »
Une gouvernance communautaire au cœur de la stratégie
Selon lui, l’approche proposée vise avant tout à renforcer la gouvernance locale du patrimoine :« Notre objectif est de contribuer à la protection, à la sécurisation et à la valorisation durable des vestiges d’Élima, à travers une organisation communautaire structurée, outillée et reconnue. Il s’agit de mettre en place une ONG locale dédiée au patrimoine, de cartographier et délimiter les zones sensibles, mais aussi d’instaurer un dispositif communautaire de suivi et de veille. » Prévue sur une durée de 36 mois, cette L’initiative s’inscrit pleinement dans les Objectifs de développement durable 11 (villes et communautés durables), 15 (vie terrestre) et 16 (paix, justice et institutions efficaces).

Marc Anthelme Kouadio souligne également l’importance de la reconnaissance institutionnelle et de la transmission :
« Nous voulons accompagner les communautés dans la documentation de leur histoire, la collecte des récits oraux et la constitution d’un dossier patrimonial solide, capable d’ouvrir la voie à une reconnaissance officielle, y compris au niveau international. La valorisation éducative et l’écotourisme culturel doivent permettre aux populations locales de tirer un bénéfice durable de la préservation de leur patrimoine. »
RANDOHLE.A




















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