Environnement

Agriculture/Environnement: Les femmes maraîchères du Poro face au choc climatique

Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le maraîchage féminin, pilier discret mais essentiel de la sécurité alimentaire, vacille sous l’effet d’un climat devenu instable. Dans la région du Poro, les saisons ne répondent plus aux repères d’hier. Les pluies arrivent trop tôt ou trop tard, parfois avec une violence inédite, parfois dans une absence prolongée. Entre excès d’eau et sécheresse brutale, les femmes qui cultivent les bas-fonds apprennent à travailler une terre qui ne leur parle plus comme avant.  De Mongaha à Bahouakaha, de Koko Djélisso à Dikodougou, les champs racontent une même histoire, celle d’une agriculture sous pression. Une enquête menée en janvier 2025 auprès de 395 femmes maraîchères révèle que plus de 95 % d’entre elles se disent directement affectées par les effets du changement climatique. Derrière ce chiffre, ce sont des vies fragilisées, des économies familiales menacées, une sécurité alimentaire locale qui vacille.

Il est huit heures du matin à Mongaha ce 10 janvier 2025, quartier périphérique de Korhogo, pourtant situé à proximité d’une forêt classée. Le soleil est déjà écrasant. Dans le jardin maraîcher de l’association Yefouyiplin, qui signifie « réunissons-nous » en langue sénoufo, les femmes retournent une terre devenue compacte, parfois stérile. Les choux ont pourri après des pluies excessives, les feuilles de laitue jaunissent sous un soleil trop brutal. La détresse se lit dans les gestes lents, dans les silences.

Yéo Yallah, veuve depuis vingt ans et mère de sept enfants, a longtemps vécu de cette parcelle. Aujourd’hui, malgré ses efforts, elle peine à assurer la ration quotidienne de sa famille. Avant, confie-t-elle à voix basse, on savait quand semer et quand récolter. Aujourd’hui, la pluie vient quand elle veut.

À quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la route, dans le quartier de Koko Djélisso, Tuo Penan affronte un autre visage du dérèglement climatique. Arrosoir à la main, daba posée à l’épaule, elle observe son champ partiellement submergé. En décembre 2024, des pluies inhabituelles pour cette période de l’année ont transformé la parcelle en zone inondée. Pour s’adapter, elle a rehaussé les buttes, tenté de canaliser l’eau, mais les pertes s’accumulent.

À Dikodougou et à Bahouakaha, le décor est inversé. Ici, ce sont les puits traditionnels qui racontent la crise. Des trous béants, asséchés, sans la moindre goutte d’eau. Les rivières se sont retirées. Soro Yedi, assise à l’ombre d’un arbre, le menton posé sur la main, regarde avec amertume ses plants desséchés. Depuis des semaines, dit-elle, il n’y a plus d’eau pour arroser le jardin. Les puits creusés à la main sont vides. On ne sait plus à quel saint se vouer.

À Dikodougou, le constat est partagé jusque dans les institutions. Soro Nicolas, premier adjoint au maire, évoque sans détour le déclin agricole de sa commune, autrefois considérée comme un pôle économique du Poro.  Dikodougou, explique-t-il, « alimentait les marchés environnants. Les commerçants venaient de Korhogo pour s’y approvisionner. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. La commune dépend des produits venus d’ailleurs. Le changement climatique a fait perdre aux producteurs la maîtrise de leurs cultures. »

« Les barrages sont à sec. Là où l’eau ne manquait jamais, les femmes ne trouvent plus une goutte. Autrefois, on semait en mai, la récolte était garantie. Aujourd’hui, en juillet et en août, périodes censées être les plus arrosées, la sécheresse frappe sans prévenir. Les plants meurent en terre ». a-t-il ajouté

Cette réalité locale s’inscrit dans une tendance nationale documentée. La Côte d’Ivoire, pays de saisons, voit ses repères climatiques se brouiller. Les données climatologiques nationales montrent qu’entre 1961 et 2016, le pays a connu une baisse progressive des précipitations moyennes, estimée entre 10 et 20 % selon les zones, tandis que la température moyenne a augmenté d’environ un degré Celsius. Cette hausse, en apparence modérée, suffit à intensifier l’évaporation, à assécher les sols et à perturber les cycles agricoles.

PEBANA YANA DAVID SILUE, maître de conférences de géographie à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, observe cette évolution depuis plusieurs années. Il explique qu’une année peut enregistrer jusqu’à 1500 millimètres de pluie, tandis que l’année suivante dépasse à peine 700 millimètres. Traditionnellement, le mois d’août concentrait les pluies les plus abondantes.

Selon la Société d’Exploitation et de Développement Aéroportuaire, Aéronautique et Météorologique (SODEXAM)  le nord de la Côte d’Ivoire est caractérisé par un régime pluviométrique unimodal, avec un maximum des précipitations concentré entre juillet et septembre. En 2024, les cumuls de pluie enregistrés sur cette période dans la zone des savanes, incluant Korhogo, se situent globalement dans les normales climatiques, avec des volumes compris entre 300 et 450 mm pour la période septembre–novembre, et des pics pluviométriques observés en juillet et septembre.
Cependant, la SODEXAM relève une forte irrégularité intra-saisonnière, marquée par des pluies intenses sur de courtes durées, parfois supérieures à 30 à 50 mm en une seule journée, suivies de séquences sèches prolongées.

Ce dérèglement a des conséquences directes sur les cultures maraîchères. Lorsque l’eau arrive en excès, elle provoque des inondations et détruit les semis. Lorsqu’elle manque, les plantes subissent un stress hydrique sévère. Dans les deux cas, les pertes sont lourdes.  A-t-il souligné

Dérèglement climatique contribue à la pauvreté dans cette région

En 2021, la pauvreté monétaire touche 37,5 % de la population ivoirienne, mais elle reste massivement concentrée en milieu rural. Plus d’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté dans les campagnes, contre un peu plus de 20 % en zone urbaine. Les régions du Nord figurent parmi les plus affectées, avec des taux dépassant largement la moyenne nationale, selon les données de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM)  réalisées de novembre 2021 à juillet 2022 ;

Dans le Poro, cette vulnérabilité structurelle accentue l’impact du changement climatique sur les femmes maraîchères. Trois femmes sur quatre ont perdu au moins une récolte au cours des deux dernières années. Là où certaines coopératives produisaient plus de 100 tonnes il y a cinq ans, elles peinent aujourd’hui à atteindre 10 tonnes par an. « avant une seule récolte de carottes pouvait me rapporter jusqu’à 500 000 fcfa  (cinq cent mille francs CFA). Aujourd’hui, gagner cinquante mille francs relève du combat » s’est exprimée  Tuo Penan

 Louis Ebali, agent à la Direction régionale de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique du Poro, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences sociales de la crise climatique.

« Il faut comprendre que pour ces femmes, le maraîchage n’est pas une activité secondaire ou un simple passe-temps. C’est le moteur vital de la famille. C’est cet argent qui finance l’alimentation quotidienne, les soins de santé et, surtout, l’éducation des enfants.

Aujourd’hui, le constat sur le terrain est douloureux : le peu que ces femmes parviennent à récolter ne suffit même plus à couvrir les besoins alimentaires de base. Or, dans notre région, ce sont elles qui portent l’essentiel des dépenses du foyer sur leurs épaules. Lorsque les récoltes chutent, ce n’est pas seulement un champ qui est perdu, c’est toute l’économie familiale qui vacille et menace de s’écrouler. »

Agnero Hermès, doctorant en sociologie et développement local à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, confirme cette chute brutale des revenus. Là où certaines exploitantes tiraient auparavant trente à quarante mille francs CFA par cycle de production, elles se retrouvent aujourd’hui autour de dix à quatorze mille francs. Une précarité qui s’installe durablement.

L’anaphabetisation un frein

L’accès à l’information constitue un autre obstacle majeur. Selon Soro Gaoussou, président de l’ONG Animation Rurale de Korhogo (ARK), une organisation qui  est spécialisée dans le developpement durable, près de 90 % des productrices ne savent ni lire ni écrire. Les messages de sensibilisation, souvent techniques et écrits, ne sont pas adaptés à leur réalité. Il plaide pour des outils visuels, pratiques, et pour une meilleure coordination entre chercheurs, ONG et pouvoirs publics afin d’accompagner durablement les agricultrices.

Engagement des autorités locales

Les autorités locales tentent d’apporter des réponses. À Korhogo, la mairie distribue ponctuellement des intrants agricoles. Plus de trois cents représentantes de femmes ont récemment bénéficié d’un appui en engrais. Mais ces aides restent limitées face à l’ampleur du défi climatique, selon Yacouba Coulibaly  directeur de cabinet du maire de Korhogo

À Dikodougou, la mairie tente de soutenir les femmes maraîchères malgré des moyens limités. Les autorités municipales annoncent leur intention d’intégrer, pour la première fois, des actions d’adaptation des femmes face au changement climatique dans le prochain programme triennal de développement communal.

Selon Nicolas Soro, premier adjoint au maire, cette prise de conscience est récente. Informée lors d’échanges à Abidjan de la possibilité pour les collectivités locales de porter des projets climatiques en faveur des femmes rurales, la municipalité prévoit d’inscrire ces initiatives dans son budget triennal à venir. Une étape institutionnelle jugée essentielle pour structurer un appui plus durable aux agricultrices confrontées aux effets du dérèglement climatique.

 Résilience  et  Adaptation  des femmes jardinières

Face au dérèglement climatique, les femmes jardinières du nord ivoirien ne se contentent plus de subir. Sur le terrain, leurs initiatives relèvent à la fois de l’adaptation et de la résilience. L’adaptation s’exprime dans les changements immédiats de pratiques agricoles. Pour faire face à la sécheresse et aux pluies imprévisibles, certaines utilisent des semences plus résistantes, surélèvent les buttes, creusent des puits artisanaux ou pratiquent la rotation des cultures. Ces ajustements visent à maintenir la production dans un contexte climatique devenu incertain.

 Comme  Tuo Penan, 8 femmes sur 10 expérimentent  l’agroecologie des cultures et la rotation des espèces. Elle mélange chou, salade et carotte sur une même parcelle. Si l’une échoue, l’autre peut réussir. Pour elle, c’est une stratégie de survie plus qu’un choix.

D’autres, comme Soro Sita, s’adonnent à des petits  métiers par exemple  les petits commerces ou la fabrication d’attiéké pour tenir les deux bouts.

Mais au-delà de ces réponses techniques, les femmes développent une véritable résilience communautaire. En s’organisant en associations, en mutualisant les efforts et en s’appuyant sur la solidarité locale, elles cherchent à absorber les chocs répétés sans perdre leurs moyens de subsistance. Cette résilience, encore fragile, repose largement sur leur capacité à rester unies face à l’adversité, en l’absence d’un accompagnement structurel suffisant

Solutions proposées par les chercheurs

Face à l’instabilité climatique, la recherche agronomique explore des alternatives capables de sécuriser les productions agricoles. À l’Université Péléforo-Gon Coulibaly de Korhogo, le Dr Koné Dofungo, enseignant-chercheur à l’Institut de gestion agropastorale, met en avant deux pistes majeures d’adaptation : l’adoption de variétés à cycle court et le développement de la culture hors sol.

Selon lui, la recherche s’oriente de plus en plus vers des semences dont le cycle de production est réduit, afin de limiter l’exposition des cultures aux aléas climatiques. L’exemple le plus emblématique reste le riz NERICA, New Rice for Africa, développé par Africa Rice. Contrairement aux variétés traditionnelles locales, dont le cycle pouvait durer cinq à six mois, le NERICA atteint la maturité en environ trois mois. Une réduction du cycle qui diminue considérablement les risques liés aux sécheresses, aux pluies excessives ou aux perturbations saisonnières.

Autre levier d’adaptation, la culture hors sol. Cette technique permet de mieux contrôler l’eau et les fertilisants, tout en s’affranchissant partiellement des contraintes liées à la dégradation des sols et à la raréfaction des ressources hydriques. Pour le chercheur, cette approche offre une réponse concrète aux défis posés par le changement climatique, en améliorant la résilience des exploitations agricoles, notamment celles portées par les femmes.

L’appel à l’action est urgent, Agir maintenant pour ne pas laisser le Nord s’éteindre

À Korhogo, Dikodougou comme à Bahouakaha une sous-préfecture de Sinematiali, la détermination des maraîchères ne suffit plus face au chaos climatique. Lorsque leurs jardins meurent, c’est l’éducation, la santé et l’alimentation de toute une génération qui sont sacrifiées. Les pouvoirs publics et les partenaires au développement doivent impérativement investir dans des systèmes d’irrigation modernes, des semences résilientes et des formations adaptées aux femmes rurales. Soutenir ces « sentinelles de la terre », c’est sauver le pilier économique de nos foyers. Le grenier du Poro ne doit pas devenir un désert par simple indifférence.

Enquête réalisée par Randohle.A

BONDOUKOU /Debango : 4 hectares de terres transformés en forêt communautaire grâce au projet BI-TROUGO

Sous l’impulsion d’expertise France et de  l’ONG IDEF et avec le soutien financier de l’Union européenne, le village de Debango a officiellement lancé le projet BI-TROUGO. C’était le vendredi 16 janvier 2025, en présence des autorités administratives, des services techniques de l’État  et des populations locales.

Cette initiative ambitieuse, financée dans le cadre du projet Bas Carbone, vise à transformer 4 hectares de terres locales en une forêt communautaire gérée par les populations elles-mêmes. En s’appuyant sur les réformes du Code Forestier de 2019, ce projet qui allie restauration écologique et développement économique pour faire de la gestion durable des ressources un levier d’autonomisation locale s’étendra de Novembre 2025 à Décembre 2026..

L’appui des autorités administratives locales

Représentant du sous-préfet de Sorobango, Grégbé Blédou Franck Roméo, a salué cette initiative porteuse d’espoir pour la localité, soulignant l’importance de l’implication des communautés dans les projets de développement durable. Il a encouragé les populations à préserver l’esprit de collaboration qui a marqué les premières étapes du projet, gage de sa réussite et de sa pérennité.

BI-TROUGO, un projet né de la volonté communautaire

Pour Marc Anthelme Kouadio, président de l’ONG IDEF (Initiatives pour le Développement Communautaire et la Conservation de la Forêt), le succès réside dans l’appropriation locale. Lors de son allocution, il a tenu à préciser que le projet BI-TROUGO est avant tout le projet des populations et que l’ONG ne joue qu’un rôle d’appui et de facilitation. Il a rappelé que cette initiative est l’aboutissement de plusieurs années de travail basées sur le Plan d’Action Environnementale Communautaire (PAEC) que les habitants de Debango ont élaboré eux-mêmes.

Une forte mobilisation saluée par les Eaux et Forêts

Le Lieutenant-colonel Bini ADOU Guillaume, chef du cantonnement des Eaux et Forêts de Bondoukou, a qualifié les populations de Debango de « bons élèves ». Il a assuré que l’administration accompagnera les communautés dans toutes les étapes du reboisement communautaire, depuis la mise en place des pépinières jusqu’à l’entretien des plants. Il a précisé que les espèces sélectionnées, incluant des plants de mangrove, des arbres fruitiers et des essences médicinales, ont pour but de concilier la protection de l’environnement avec des retombées économiques locales.

Le soutien affirmé du ministère de l’Environnement

Au nom de Tano Jean, Directeur régional de l’Environnement, du Développement durable et de la Prévention écologique, M Isidore Kolia,  représentant du ministère a réaffirmé l’engagement de l’État en faveur de la préservation des ressources forestières et de la lutte contre le changement climatique. Il a encouragé l’initiative portée par l’ONG IDEF et remercié la chefferie traditionnelle ainsi que les populations de Debango pour leur adhésion au projet en insistant que ce projet s’inscrit dans les priorités stratégiques 2026 du ministère, notamment l’axe relatif à la gestion durable des ressources naturelles, à la réduction des pollutions et à la restauration des écosystèmes, avec un accent sur la promotion de l’économie circulaire et des pratiques agroécologiques.

Au cours de la cérémonie de lancement, Des focus groupes ont été organisés, notamment avec les femmes, afin d’identifier des Activités Génératrices de Revenus (AGR) en lien avec la foresterie communautaire. Ces AGR visent à renforcer l’autonomisation économique des femmes tout en soutenant la protection de la forêt.

Les populations ont également participé  à la cartographie de la future forêt communautaire, identifiant elles-mêmes les limites, les zones à restaurer et les espaces sensibles. Une démarche participative qui renforce le sentiment d’appropriation et la responsabilité collective dans la gestion durable du patrimoine forestier.

Randohle.A

Projet Bi-Trougô : l’IDEF mobilise les autorités autour de la création d’une forêt communautaire à Debango

Dans le cadre du déploiement du projet Bi-Trougô, l’ONG initiatives pour le développement communautaire et de la  conservation de la forêt (IDEF) a rencontré, jeudi 15 janvier 2026,  les autorités administratives et les services techniques déconcentrés de l’État à Bondoukou, afin de poser les bases institutionnelles de la création d’une forêt communautaire dans le village de Debango.

Cet autre projet  s’inscrit dans le Projet Transition Bas Carbone, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France en collaboration avec le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique (MINEDDTE).

Selon le président de l’IDEF, le projet s’inscrit donc dans la continuité d’une action menée il y a deux ans dans cette localité. « Debango est l’un des villages bénéficiaires de nos précédents projets. La communauté a poursuivi les activités avec une forte approche communautaire. Aujourd’hui, c’est à leur demande que nous les accompagnons pour ériger et faire classer une zone forestière de leur terroir en forêt communautaire », a-t-il expliqué.

Contrairement aux forêts classées, parcs nationaux ou réserves naturelles, la forêt communautaire envisagée restera sous la gestion directe de la communauté locale. Un plan simplifié de gestion permettra aux populations de définir les usages possibles de la forêt, tout en garantissant sa conservation, a précisé le président de l’IDEF.

L’équipe de l’IDEF conduit par son président  Marc  Anthelme Kouadio  a été reçue par le préfet de région de Bondoukou le gouverneur Kouadio André, ainsi que les directeurs régionaux des ministères en charge de l’Environnement, des Eaux et Forêts, de l’Agriculture, et  du ministère de la Femme. Les échanges ont porté sur la promotion de la foresterie communautaire, la restauration des écosystèmes forestiers dégradés et le renforcement de la résilience climatique des communautés locales en particulier de la communauté de Debango.

« L’enjeu est de nous connecter aux directions régionales et de solliciter leur appui institutionnel, afin de garantir une mise en œuvre concertée et durable du projet », a conclu le président de l’IDEF.

Les autorités ont salué la pertinence du projet et son alignement avec les priorités nationales en matière de lutte contre le changement climatique et de développement durable. Elles ont exprimé leur disponibilité à accompagner l’initiative et à faciliter la mobilisation des acteurs locaux pour une mise en œuvre concertée et efficace.

Cette étape marque un jalon essentiel dans l’ancrage institutionnel du projet Bi-Trougô et confirme la volonté de l’IDEF de promouvoir une gouvernance inclusive des ressources forestières, au service des communautés locales et de la lutte contre le changement climatique.

Randohle.A

PROTECTION DU PATRIMOINE IVOIRIEN/ELIMA, LES VESTIGES DANS L’OUBLI

Accessible depuis Adiaké par la lagune Aby, Elima abrite les vestiges de la première école de Côte d’Ivoire , la résidence de Arthur VERDIER , la première Usine de transformation de café et Cacao. Un patrimoine historique majeur, aujourd’hui laissé à l’abandon, que la jeunesse locale rêve de voir reconnu et protégé, jusqu’au classement au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Il est 10H30 minute ce mercredi 29 décembre 2025, à bord d’une petite pirogue à moteur, traversant la lagune ABI durant   1heure 15 minutes  de la ville d’Adiaké au village d’Elima, le constat est amer, la lagune ABI qui s’étend sur plus 424 metre carrée  grogne, l’orpaillage illégal fait sa loi

La pollution vient de loin

Selon les témoignages des villageois, la dégradation de la lagune Aby serait en grande partie liée à l’orpaillage clandestin, pratiqué en amont sur les fleuves Comoé et la frontière ghanéenne. Ces cours d’eau, qui alimentent la lagune, charrient aujourd’hui bien plus que de l’eau : boues, résidus chimiques et sédiments pollués. Mercure, cyanure, terres remuées… autant de substances utilisées ou libérées par l’orpaillage, qui finissent par se retrouver dans la lagune.

11h45 minutes, nous voici aux abords du village d’ELIMA,

« Ici, c’est Élima » : le récit d’Ahoussou Francis, guide communautaire

« Ici, nous sommes à Élima, un village chargé d’histoire. Quand on parle de la première école de Côte d’Ivoire, c’est bien ici. Malheureusement, aujourd’hui, il ne reste qu’un seul bâtiment, en ruine, mais ce bâtiment porte une mémoire très importante. »

Selon Ahoussou Francis, guide communautaire du site, l’école a été construite bien avant 1882, l’année où les cours ont officiellement commencé. « D’après ce que nous ont transmis nos parents et les anciens, la construction remonte autour de 1876. C’est ce qui fait d’Élima un lieu fondateur de l’enseignement en Côte d’Ivoire », explique-t-il.

L’école a été initiée par Arthur Verdier, explorateur et planteur français. « À l’époque, son objectif était clair : former des traducteurs et des encadreurs pour accompagner ses activités agricoles, notamment le café et le cacao, mais aussi affirmer la présence française face aux Anglais qui avançaient dans la région », raconte le guide. Initialement prévue à Krindjabo, la construction fut refusée par le roi, inquiet de voir les enfants, surtout les filles, s’éloigner des travaux traditionnels. « C’est ainsi que l’école a finalement été implantée ici, à Élima », précise-t-il. Pourtant, malgré son importance, l’établissement ne bénéficia jamais d’une reconnaissance officielle sur place. « Plus tard, l’école a été déplacée à Assinie, où elle a été reconnue officiellement en 1893, après que la Côte d’Ivoire soit  devenue colonie française ».

Pendant longtemps, les bâtiments sont restés en bon état. « Nos parents ont connu ce site encore debout, bien conservé, jusque dans les années qui ont suivi l’indépendance », se souvient-il. Mais avec le temps, les destructions, les incendies et l’absence d’entretien ont progressivement eu raison des vestiges. « Aujourd’hui, tout est à ciel ouvert, sans protection. Des gens viennent, prennent des photos, marchent sur le site sans guide, et cela accélère la dégradation », regrette-t-il

Sauver Élima : quand les communautés se mobilisent pour leur histoire

Face à cette situation, la communauté ne baisse pas les bras. « Nous, populations d’Élima, nous voulons sauver ces vestiges. Si on les protège, c’est Élima qui gagne », insiste le guide. L’objectif est de sécuriser le site, restaurer ce qui peut l’être et faire de ce patrimoine un outil de transmission, d’éducation et de développement local, à l’image de Grand-Bassam.

Aujourd’hui, Élima compte environ 1 500 habitants et ne dispose que d’une école primaire de six classes, construite grâce à des projets publics et privés. « Préserver ce patrimoine, c’est aussi permettre aux générations futures de comprendre d’où elles viennent », conclut Ahoussou Francis, convaincu que la reconnaissance et la valorisation des vestiges sont essentielles pour inscrire Élima dans l’histoire nationale.

Geo4Forest, un partenaire stratégique de la conservation communautaire

Dans le cadre de ce projet, Geo4Forest s’impose comme un acteur stratégique de référence. Centre international de recherche et d’accompagnement institutionnel, l’organisation intervient à la croisée de la conservation des ressources naturelles, de la valorisation des patrimoines et du renforcement des capacités des communautés locales, en étroite collaboration avec les États et les collectivités territoriales.

Marc Anthelme Kouadio, représentant de Geo4Forest, explique que l’intervention de l’organisation à Élima repose sur une conviction forte :

«Le site d’Élima, qui abrite notamment les ruines de la première école, la maison d’Arthur Verdier et une ancienne zone de transformation du café constitue un patrimoine culturel et historique majeur, mais  aujourd’hui soumis à de fortes pressions liées à l’occupation non planifiée de l’espace et à l’absence de mécanismes locaux de surveillance. Or, notre expérience montre que la protection durable de tels vestiges ne peut être effective sans l’implication directe des communautés riveraines. »

Une gouvernance communautaire au cœur de la stratégie

Selon lui, l’approche proposée vise avant tout à renforcer la gouvernance locale du patrimoine :« Notre objectif est de contribuer à la protection, à la sécurisation et à la valorisation durable des vestiges d’Élima, à travers une organisation communautaire structurée, outillée et reconnue. Il s’agit de mettre en place une ONG locale dédiée au patrimoine, de cartographier et délimiter les zones sensibles, mais aussi d’instaurer un dispositif communautaire de suivi et de veille. » Prévue sur une durée de 36 mois, cette L’initiative s’inscrit pleinement dans les Objectifs de développement durable 11 (villes et communautés durables), 15 (vie terrestre) et 16 (paix, justice et institutions efficaces).

Marc Anthelme Kouadio souligne également l’importance de la reconnaissance institutionnelle et de la transmission :

« Nous voulons accompagner les communautés dans la documentation de leur histoire, la collecte des récits oraux et la constitution d’un dossier patrimonial solide, capable d’ouvrir la voie à une reconnaissance officielle, y compris au niveau international. La valorisation éducative et l’écotourisme culturel doivent permettre aux populations locales de tirer un bénéfice durable de la préservation de leur patrimoine. »

RANDOHLE.A

Marché carbone et cacao : la Côte d’Ivoire face à une opportunité climatique et agricole majeure

« La Côte d’Ivoire dispose d’environ six millions d’hectares éligibles. C’est une opportunité unique pour développer des projets carbone capables de générer des revenus tout en restaurant durablement les paysages forestiers »

Protection de la biodiversité : le Domaine de la Rêverie engagé pour une Réserve Naturelle Volontaire

Préserver ce qui reste pour transmettre aux générations futures. À Anyama, le Domaine de la Rêverie s’engage dans un processus de classement en Réserve Naturelle Volontaire, avec l’appui des autorités environnementales, des journalistes et des communautés locales, afin de sauver La dernière forêt en Abidjan reliant le Parc National du Banco et la Forêt Classée Yapo-Abbe.

Face aux menaces croissantes qui pèsent sur les écosystèmes, l’exploitation forestière, agriculture extensive, urbanisation galopante,  la Côte d’Ivoire explore des solutions participatives pour renforcer la protection de sa biodiversité. Pour ce fait, le 11 février 2002, une loi portant sur la création, la gestion et le financement des réserves naturelles volontaires a été adoptée par l’assemblée nationale, ce décret  permet à tout propriétaire, communauté ou institution d’engager volontairement ses terres dans un processus de conservation officielle. Il existe cinq (5) Réserves naturelles volontaires en Côte d’Ivoire jusqu’à ce jour…..qui sont la réserve naturelle volontaire Eden de l’Agneby-Tiassa, la réserve naturelle Corridor Ecologique de Tai, les sites SIFCA (Eyania et Zuenoula), Reserve naturelle volontaire du N’ZI; la forêt maraie Tanoe Eyi.

Afrikibarru 2, un cadre d’échange et d’accompagnement

Lors du 2e voyage de presse  qui s’inscrit dans la dynamique du projet Afrikibarru 2 financé par CFI Media, et mis en œuvre par l’ONG Initiative pour le développement communautaire et la conservation de la Foret  qui promeut la gouvernance environnementale participative , 5 journalistes bénéficiaires de ce projet, experts du MINEDD-TE et de la Direction de la Protection de l’environnement , gestionnaires du Domaine de la Rêverie  et la communauté ont échangé sur les exigences techniques, juridiques et environnementales liées à la création d’une RNV. Cette rencontre a permis de clarifier les responsabilités du gestionnaire, mais aussi les opportunités offertes par ce statut: reconnaissance officielle, accompagnement technique de l’État et contribution aux engagements nationaux de conservation.

Domaine de la Rêverie : une vision environnementale née il y a plus de 50 ans

« Le Domaine de la Rêverie est né de la vision précoce d’un homme qui, dès le départ et sur deux générations, a su anticiper l’importance des enjeux environnementaux auxquels le monde est aujourd’hui confronté. Dans les années 1970, il fait l’acquisition d’une portion de l’ex-forêt classée de la Téké, alors déclassée. Contrairement aux usages courants de l’époque, il choisit de préserver une grande partie de ce patrimoine forestier, une décision maintenue jusqu’à ce jour, depuis 1971. À l’origine, la forêt s’étendait sur environ 858 hectares. Aujourd’hui, il n’en subsiste qu’un fragment estimé à 74Hectares, dont l’« eau pleine de terre » constitue l’un des derniers vestiges, témoin du lien étroit entre l’homme et la nature qui caractérisait autrefois cet espace. C’est autour de cette volonté de conservation qu’a été créé le Domaine de la Rêverie, un centre de recherche axé sur l’agroécologie et la protection de l’environnement. Toutefois, la survie d’un tel écosystème reste un défi majeur face aux pressions anthropiques croissantes. » a déclaré Soycado Samuel, ingénieur agronome spécialisé en production végétale, représentant les gestionnaires du domaine

Un site naturel porté par une vision de conservation

Situé à 6 kilomètres du village de Yapokoi dans la commune d’Anyama dans le Nord-Est de la capitale économique de la Cote d’Ivoire, le domaine de la rêverie s’étend sur une superficie de 74 hectares dont 12 hectares de forêts  primaires et 62 Hectares de forêts secondaires, niché dans un environnement encore préservé, le Domaine de la Rêverie se distingue par la richesse de ses paysages, sa couverture végétale et la présence d’espèces locales caractéristiques. Conscients de la fragilité de cet écosystème, les gestionnaires du domaine ont exprimé leur volonté de protéger durablement le site, tout en conciliant conservation, éducation environnementale et valorisation responsable.

Le domaine de la rêverie abrite une riche faune et flore

Marc Anthelme Kouadio, président de l’ONG  initiative pour le développement communautaire et la conservation de la Foret accompagnatrice de ce projet  a présenté les espèces et essences découverts dans le domaine de la Rêverie qui nécessite qu’il soit érigé en réserve Naturelle Volontaire. Selon lui, bien que la liste ne soit pas encore exhaustive, le Domaine de la Rêverie abrite une faune relativement diversifiée. Plusieurs espèces ont déjà été observées, notamment des perroquets à tête blanche, ainsi que des traces de céphalophes, communément appelés biches ou petits gibiers. Certaines espèces identifiées sont aujourd’hui menacées de disparition. En ce qui concerne la flore, le site regorge de nombreuses essences forestières. Parmi les espèces déjà recensées figurent notamment le badi ou bilinga, les ilombas, ainsi que plusieurs autres essences caractéristiques de la forêt dense, on a onze espèces d’amphibiens. On a vu des crapaudes d’alouelles, des crapauds, des scélophys, des grenouilles qui sont aussi en voie de disparition.

« Ce massif forestier joue par ailleurs un rôle écologique stratégique. Il constitue une zone de transition essentielle entre le Parc national du Banco et la forêt classée de Yapo-Abbé, servant de corridor naturel pour la migration des oiseaux vers cette dernière. Sans l’existence de ce pôle forestier, ces mouvements migratoires seraient fortement compromis » a insisté Marc Anthelme Kouadio.

L’implication des communautés dans la conservation et la protection des réserves naturelles volontaires

Toujours dans son exposé le président de l’ONG IDEF a souligné l’importance de la communauté dans cette bataille. Pour lui, il faut que la communauté soit impliquée pour que la forêt survive  « La gestion du Domaine de la Rêverie ne repose pas uniquement sur les responsables du site. Elle se veut inclusive et participative, en intégrant pleinement les communautés locales riveraines, notamment celles du village de Yapokoi, situé à proximité immédiate du domaine, L’objectif est de leur faire comprendre la démarche d’inclusion et d’implication envisagée dans la gestion durable du site. Cette participation passera par un accompagnement structuré et des actions de formation, afin de leur permettre d’identifier clairement les rôles qu’elles peuvent jouer dans la préservation et la conservation de ce patrimoine naturel.

Les procédures d’érection expliquée sur le terrain par les représentants du département de la protection de la nature

« La procédure d’érection d’une forêt en réserve naturelle volontaire débute par une demande officielle de classement. Celle-ci est formulée par la communauté, le gestionnaire ou le promoteur, à travers un courrier adressé au ministère en charge des Parcs et Réserves, exprimant la volonté de voir la forêt concernée bénéficier de ce statut de protection.

À la suite de cette requête, une équipe technique de la direction compétente est dépêchée sur le terrain pour une visite d’évaluation. Cette mission permet d’apprécier l’état de conservation de la forêt et de vérifier si elle répond aux critères requis pour être classée en réserve naturelle volontaire. À l’issue de cette visite, les experts formulent leurs observations et recommandations.

La troisième étape porte sur la constitution du dossier technique, un document clé qui comprend notamment des inventaires de la faune et de la flore, des études socio-économiques, des cartes à l’échelle, ainsi qu’un document attestant de la propriété ou des droits du promoteur sur la forêt concernée.

Une fois le dossier technique finalisé, une commission de classement est mise en place. Présidée par le préfet, cette commission examine l’ensemble des éléments du dossier et rend un avis. Si les membres se prononcent favorablement, le processus se poursuit avec l’élaboration d’un projet de décret, soumis à la validation des ministres concernés. Après adoption, la forêt est officiellement reconnue comme réserve naturelle volontaire » a expliqué de façon linéaire Péronne Kouassi, chef des services à la Direction de la protection de la nature du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la transition écologique.

Le chef des services à la Direction de la protection de la nature du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la transition écologique a insisté que bien que ces étapes puissent sembler simples sur le papier, la procédure est généralement longue et rigoureuse. Elle implique plusieurs études, la production de documents techniques, mais aussi de nombreuses actions de sensibilisation auprès des communautés locales, afin de recueillir leur adhésion et de prévenir tout litige. L’objectif est de garantir un consensus autour d’un espace qui intègre le patrimoine de l’État, tout en restant géré de manière participative par les communautés.

Enfin, l’érection en réserve naturelle volontaire s’accompagne de l’élaboration d’un plan d’aménagement et de gestion, défini en concertation avec les populations concernées. Cette approche vise à assurer la protection durable des écosystèmes, dans une logique de gestion participative, afin de préserver l’environnement et de transmettre ce patrimoine naturel aux générations futures ». 

Adam’S Kouassi, chef de service au niveau de la direction de la protection de la nature, du ministère de l’environnement et de la transition écologique a ajouté que « pour être classé en réserve naturelle volontaire, le site doit être naturel, bien conservé, rare et présenter un intérêt régional, national ou international, notamment par la présence d’espèces endémiques ou d’éléments remarquables.
Un autre critère essentiel est la preuve de la propriété du site par le promoteur, sans laquelle aucun classement n’est possible.
Enfin, la superficie et l’existence d’une carte du site sont encadrées par la loi ».

Un appel bien perçu par la communauté

Elles étaient une dizaine venue pour s’informer sur l’importance de s’impliquer à la protection de ce joyau qui leur est favorable  , elles en ressortent de ces échanges bien informées  et s’engagent  « En tout cas c’est ici que les tradipraticiens et nos mamans prennent les écorces des bois pour soigner les maladies donc, nous en s’engage dans la surveillance et alerter si nous voyons des choses pas claires ici » s’est exprimée Boa Rosaleine qui a participé pleinement à l’inventaire de nuit comme de jours

RANDOHLE .A

Interview avec Éric Konan, Coordonnateur du Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE) « Le projet PRE a déjà réduit 20 millions de tonnes de CO2 »

Dans le cadre de la transition écologique et de la lutte contre le changement climatique, la Côte d’Ivoire a mis en œuvre le Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE). Ce projet pilote, inscrit dans le mécanisme international REDD+, permet de réduire les émissions de CO2, de protéger les forêts et de récompenser les communautés locales.

Pour en comprendre les enjeux, nous avons rencontré Éric Konan, coordonnateur du projet PRE.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Éric Konan (EK) : Bonjour, je suis Éric Konan, ingénieur des Eaux et Forêts et coordonnateur du Projet Paiement des Réductions d’Émissions (PRE). Ce projet s’inscrit dans la phase de paiement basé sur les résultats du mécanisme REDD+.

Qu’est-ce que le projet PRE et quelle est sa durée ?

EK : Le PRE vise à réduire la déforestation et la dégradation des forêts, à valoriser les réductions d’émissions de CO2 sur les marchés du carbone et à redistribuer les revenus issus de la vente des crédits carbone aux bénéficiaires.
La première phase a démarré en 2020 pour une durée de cinq ans, suite à la signature d’un contrat entre la Côte d’Ivoire et le Fonds carbone de la Banque mondiale.

Quelles sont les zones concernées par ce projet ?

EK : Le projet couvre cinq régions administratives autour du parc national de Taï : Cavally, Guémon, Nawa, San-Pédro et Gbokle.

Quels sont les objectifs prioritaires ?

EK : Les priorités sont claires : réduire les émissions de gaz à effet de serre, augmenter la séquestration de carbone à travers le reboisement et l’agroforesterie, et redistribuer les revenus générés aux communautés locales et partenaires.

Quelles activités menez-vous concrètement ?

EK : Nous travaillons sur trois grands axes : à savoir la conservation des forêts, le reboisement de zones dégradées, et l’agroforesterie, notamment l’introduction d’arbres forestiers dans les plantations de cacao.

Qui sont les bénéficiaires du projet ?

EK : Les bénéficiaires sont toutes les personnes et structures des cinq régions concernées qui pratiquent l’agroforesterie, le reboisement ou la conservation des forêts. Cela inclut les planteurs, les communautés locales, les coopératives, mais aussi les administrations, ONG et organisations qui accompagnent les populations.

Comment mesurez-vous les réductions d’émissions ?

EK : Les réductions sont calculées selon les standards internationaux du Fonds carbone de la Banque mondiale. Nous disposons d’experts en télédétection et inventaire de gaz à effet de serre qui établissent ces données. Elles sont ensuite vérifiées et certifiées par des auditeurs indépendants mandatés par la Banque mondiale. Une fois certifiées, les paiements sont déclenchés.

Les communautés locales sont-elles réellement impliquées ?

EK : Elles sont plus qu’impliquées : elles sont au cœur du projet. Ce sont elles qui réalisent les activités sur le terrain. Sans leur engagement, il n’y aurait pas de PRE.

Comment avez-vous convaincu les populations de conserver leurs forêts ?

EK : Cela n’a pas été facile. Depuis 2013, la Côte d’Ivoire mène des campagnes de sensibilisation. Progressivement, les communautés ont compris qu’il est possible de produire sans détruire la forêt. Aujourd’hui, elles voient l’agroforesterie comme une source de revenus et une garantie de durabilité.

Quels résultats avez-vous obtenus jusqu’à présent ?

EK : C’est environ 20 millions de tonnes d’équivalent CO2 qui ont été réduites et certifiées au cours de la période allant du 20 octobre 2020 au 31 décembre 2023, avec environ 8 millions de tonnes supplémentaires qui sont en attente de vérification pour l’année 2024. Et pour le premier appel à manifestation d’intérêt, ce sont environ 59.000 bénéficiaires qui ont été recensés dont 43.000 ont été jugés éligibles au paiement et 28.000 de ces 43.000 bénéficiaires-là ont fait l’objet de vérification donc leurs activités ont effectivement été vérifiées sur le terrain et 11.500 ont déjà reçu leur paiement pour un peu plus de 1,5 milliard de francs CFA qui ont été distribués et les paiements y se poursuivent.

Comment fonctionne le mécanisme de paiement ?

EK : Les paiements sont effectués par la Fondation pour les Parcs et Réserves, directement sur les comptes bancaires ou mobiles des bénéficiaires.
Le montant varie selon la superficie et l’activité réalisée. Par exemple, un hectare d’agroforesterie avec 25 arbres rapporte environ 30.000 FCFA.

Quelles mesures garantissent la transparence dans la gestion des fonds ?

EK : Un plan de partage des bénéfices a été élaboré et validé par toutes les parties prenantes. Il définit les bénéficiaires et les modalités d’accès aux paiements. En plus, des audits indépendants sont réalisés régulièrement pour s’assurer du respect de ce plan.

Comment assurez-vous la durabilité des acquis après le financement ?

EK : Nous observons déjà une amélioration de la résilience des plantations grâce à l’agroforesterie. De plus, une partie des revenus est placée dans un fonds de dotation géré par la Fondation pour les Parcs et Réserves, qui généreront des intérêts pour maintenir les paiements à long terme.

Y a-t-il encore une possibilité de s’inscrire au projet ?

EK : Oui. Le deuxième appel à manifestation d’intérêt est ouvert jusqu’au 22 octobre 2025. Les personnes peuvent s’inscrire en ligne sur www.projetpre.ci ou auprès des services déconcentrés des ministères concernés, des autorités locales et des coopératives partenaires.

Quel message souhaitez-vous adresser aux communautés et aux journalistes ?

EK : Aux communautés, je dis : l’argent est disponible, venez-vous faire recenser pour bénéficier de vos efforts en faveur de la forêt.
Aux journalistes : soyez nos relais pour diffuser l’information partout, jusque dans le plus petit village. C’est ainsi que toutes les personnes concernées pourront profiter des retombées du projet.

Interview réalisée par Randohle A., dans le cadre du projet Afrikibarru 2 financé par Canal France International (CFI), dont AgrotvCI est bénéficiaire.

L’accord de pêche de l’OMC est rentré officiellement en vigueur

L’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche est officiellement rentré en vigueur le 15 septembre 2025, selon une note émanant de l’Institution internationale. Cette étape, fruit de plus de 20 ans de négociation témoigne de la volonté des Pays qui ont ratifié cet accord de mettre fin à la surpêche.

Cela a été possible grâce aux acceptations qui ont atteint plus des deux tiers des membres de l’Organisation, avec le Brésil, le Kenya, le Vietnam et les Tonga, qui ont reçu les instruments d’acceptation de l’Accord des mains de la Directrice générale de l’OMC. Ngozi Okonjo-Iweala.

Mme Okonjo-Iweala, a d’ailleurs rappelé la nécessité pour les membres de travailler ensemble pour relever les défis à relever dans le secteur de la pêche, saluant cette officialisation.

« À l’heure où le système commercial international est confronté à de profonds défis, l’Accord sur les subventions à la pêche envoie un signal fort : les membres de l’OMC peuvent travailler ensemble dans un esprit de coopération et de responsabilité partagée pour trouver des solutions aux défis mondiaux. L’entrée en vigueur de cet accord nous rappelle que nombre des plus grands défis auxquels nous sommes confrontés sont mieux traités au niveau multilatéral. Les peuples et les nations ont besoin d’un multilatéralisme efficace – c’est pourquoi la journée d’aujourd’hui est si rassurante. », a-t-elle indiqué.

Elle a signé la notification officielle d’entrée en vigueur de l’Accord et l’a remise au président du Conseil général, l’ambassadeur Saqer Abdullah Almoqbel d’Arabie saoudite, marquant ainsi l’intégration officielle de l’Accord dans le cadre juridique de l’OMC.

Détermination, engagement collectif, volonté politique

A son tour l’ambassadeur Saqer Abdullah Almoqbel, a relevé la détermination et l’engagement collectif de tous ainsi qu’une volonté politique et une coordination rigoureuse dans les différents pays.

« Cet Accord témoigne de notre vision commune d’une pêche mondiale durable. L’acceptation du Protocole a exigé non seulement l’engagement de nos ambassadeurs et délégués ici à Genève, mais aussi une réelle volonté politique et une coordination rigoureuse dans les capitales. C’est grâce à notre détermination et à notre engagement collectif que nous assistons aujourd’hui à son entrée en vigueur. », a-t-il indiqué.

« Les membres ont salué l’Accord comme une étape majeure pour l’OMC, soulignant qu’il confirmait leur engagement envers le système commercial multilatéral et une planète plus durable. Ils se sont également engagés à commencer à le mettre en œuvre, soulignant le rôle clé qu’il jouera dans la restauration des stocks halieutiques, la protection des moyens de subsistance des communautés de pêcheurs et la promotion de la sécurité alimentaire », précise la note de l’Organisation.

Adopté par consensus lors de la 12e Conférence ministérielle de l’OMC en juin 2022, l’Accord interdit les subventions à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, à la pêche des stocks surexploités et à la pêche hauturière non réglementée.

MYA 

La Bourse des matières premières agricoles présentée aux acteurs du secteur

En Côte d’Ivoire, la Bourse des matières premières agricoles (BMPA) a été présentée aux acteurs du secteur, le dimanche 10 septembre 2025.

« Bourse des matières premières agricoles : enjeux et défis pour le développement d’un secteur agricole moderne en Côte d’Ivoire »  était le thème de cette rencontre  Initiée par le   Comité de Concertation Etat/Secteur Privé (CCESP) en collaboration avec le ministère de l’agriculture et du développement rural, et la Bourse Régionale des Valeurs mobilières (BRVM).

Les acteurs du secteur ont été entre autres instruits sur les avantages de la Bourse des matières premières agricole, ses spécificités, ses perspectives.

Pour  la Secrétaire Exécutif du CCESP Mariam Fadiga Fofana,  « la BMPA  est  la matérialisation  de l’ambition du gouvernement ivoirien d’œuvrer à la transformation structurelle de l’économie ivoirienne.

«  Cette réforme, répond aux enjeux de la transparence des prix et d’une meilleure rémunération des producteurs ivoiriens. Elle entend également améliorer le financement du secteur agricole et stimuler la production locale », a-t-elle ajouté.

La crédibilité  des  Bourse des matières premières agricoles, suscitera l’intérêt des  banques  pour le secteur  agricole et les chaînes de valeur, facilitant  ainsi les financements, à en croire  Philippe Brizoua, directeur du développement du marché et de gestion des projets de la BRVM.

Lancé le 28 mai, en marge du Salon internationale de l’agriculture et des ressources animales (SARA), la Bourse des matières premières agricoles est  une plateforme de cotation qui a débuté ses activités avec trois spéculations que sont  la noix de cajou, la noix de cola et le maïs.

MYA

Formation régionale sur la biodiversité : Randohle Abonzan du site web AGROTV décroche une place sur 100 candidatures

Cette formation en ligne de six semaines, qui se déroulera du vendredi 11 juillet au 15 août 2025, comprendra six sessions hebdomadaires animées par des experts de la biodiversité et des médias. Les sessions porteront notamment sur les notions essentielles du reportage sur la biodiversité, les liens entre le changement climatique et la biodiversité, la narration à travers les données, l’éthique et les outils d’investigation, ainsi que le journalisme de solutions dans le reportage sur la biodiversité. Deux sessions seront animées par le Dr Vibha Varshney, responsable de l’unité Biodiversité et Alimentation au Centre pour la Science et l’Environnement (CSE), en Inde.

À la fin de chaque session, les participants se verront confier des travaux pratiques pour tester et renforcer leurs compétences journalistiques. Un travail de synthèse sera donné après la dernière session afin de consolider les apprentissages et de produire un article publiable sur la biodiversité.

Lancement de WAJESHA

À l’issue de la formation, le CCCFS, le GJESHA et le TNJ lanceront officiellement WAJESHA – Journalistes d’Afrique de l’Ouest pour l’environnement, la science, la santé et l’agriculture

WAJESHA constituera un réseau régional de journalistes formés, passionnés et actifs, engagés à amplifier les histoires sur la biodiversité et l’environnement en Afrique de l’Ouest.

Construire une force unie de journalistes environnementaux en Afrique de l’Ouest, promouvant la conservation de la biodiversité, la justice environnementale et l’action climatique par le biais d’un journalisme d’investigation et de recherche de solutions.

En investissant dans les journalistes et en renforçant la collaboration régionale, la série de formations sur la biodiversité GJESHA-TNJ vise à créer une nouvelle vague de récits sur la biodiversité, précis, convaincants et percutants.

Voici la Liste complète des journalistes sélectionnés

1. Elvis GOUZA – Linfodrome.com – Côte d’Ivoire

2. Janefrances Chibundu – TheCable – Nigéria

3. Essa Lowe – EL1tv – Gambie

4. Randohle Abonzan – Agro TV – Côte d’Ivoire

5. Alassane DIÉDHIOU – Voix du Sud – Sénégal

Commentaires

6. Dare Akogun – Sobi FM – Nigéria

7. Amidou DJO-OURO – Radio ZigFM – Sénégal

8. Tokpa M Tarnue – Système de radiodiffusion du Libéria – Libéria

9. Nukanah Kollie – L’enquêteur libérien – Libéria

10. Adama Makasuba – Gambiana – Gambie

11. Usman Muhammad Salihu – Aminci Times – Nigéria

12. Mustapha Jarju – THD TV – Gambie

13. Mansa Moussa Mara – Universciences – Guinée

14. Michaella Faith Wright – The Fatu Network – Gambie

15. Ibrahim Babangida Lawal – The North Journals – Nigéria

16. Kamal Ololade Ahmed – The Shield Online – Nigéria

17. Mohamed Slem Camara – Kankan24.com – Guinée

18. Towfik Mohammed – ChannelOne TV – Ghana

19. Ibrahim Hassan Hassan – PRNigeria – Nigéria

20. Bill Williams Cooper – Journal The Inquirer – Libéria

21. Rubensia Merdius Eurydice Ayabavi CODJOVI – Terre et Femme – Bénin

22. Bushrah Yusuf-Badmus – Agence de presse du Nigéria (NAN) – Nigéria

23. Isatou Keita – Alkamba Times – Gambie

24. Hadiza Musa Yusuf – Prime Time News – Nigéria

25. Olive IDOHOU – Terre et Femme – Bénin

26. Zainab Yetunde Adam – SMK Radio 96.5 FM – Nigéria

27. D Laymah E Kollie – Women’s TV – Libéria

28. Kennedy Zongbil – Journaliste indépendant – Ghana

29. Davida Spaine-Solomon – Indépendante – Sierra Leone

30. Sheku Desmond – Étudiant journaliste – Sierra Leone

31. Fadilatu Ahmed Tijani – Environnementaliste – Ghana

RANDOHLE . A

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