agriculture

Cacao : la baisse du prix bord champ inquiète les acteurs de la filière ivoirienne

Au lendemain de l’annonce du prix bord champ de la campagne intermédiaire de la filière Cacao  fixé à 1200 FCFA le kilogramme, pour les fèves “bien triées, bien fermentées et bien séchées” par Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, la Plateforme Ivoirienne pour le Cacao Durable (PICD) a exprimé son inquiétude après l’annonce du prix d’achat bord champ du cacao pour la campagne intermédiaire 2025-2026 en Côte d’Ivoire. Fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, ce prix représente une baisse de 57 % par rapport à celui de la campagne principale, une situation qui suscite de nombreuses préoccupations au sein des organisations de producteurs et des coopératives.

Ce jeudi 05 MARS , lors d’une communication présentée par la PICD  dans la ville  yamoussoukro, cette décision intervient dans un contexte particulièrement difficile pour la filière cacaoyère. La campagne principale a été marquée par des difficultés de commercialisation sur le marché intérieur, entraînant l’accumulation d’importants volumes de cacao dans les magasins des coopératives. Plusieurs producteurs n’ont ainsi pas pu écouler leurs récoltes dans les délais habituels.

La PICD estime que cette situation pourrait entraîner des pertes dépassant 30 milliards de FCFA pour les coopératives membres. En cause : des stocks achetés autour de 2 800 FCFA le kilogramme qui pourraient être revendus à un prix usine avoisinant 1 300 FCFA, sans compter les coûts liés à la conservation et à l’entretien des fèves afin d’éviter leur détérioration.

Pour l’organisation, la modification du calendrier habituel de la campagne principale – initialement prévue du 1er octobre 2025 au 31 mars 2026  soulève également des interrogations. Si les ajustements peuvent s’expliquer par les fluctuations du marché mondial, la PICD estime toutefois que les producteurs et les coopératives ne devraient pas supporter seuls les conséquences de cette situation.

Face à ces difficultés, la plateforme appelle les autorités à ouvrir rapidement un dialogue inclusif avec l’ensemble des acteurs de la filière afin d’identifier des solutions susceptibles de préserver le mouvement coopératif, considéré comme un maillon essentiel de l’économie cacaoyère ivoirienne.

Malgré la crise actuelle, la PICD souligne que des progrès importants ont été réalisés ces dernières années pour moderniser le secteur, notamment la mise en place d’un système national de traçabilité, l’adoption de la norme régionale sur le cacao durable ARS-1000 et la création d’une organisation interprofessionnelle agricole.

Dans ce contexte, l’organisation réaffirme son attachement à un système de régulation du marché et met en garde contre les appels à une libéralisation totale de la filière. Elle se dit toutefois prête à collaborer avec les autorités, en particulier le Conseil du Café‑Cacao, afin de trouver des solutions capables de protéger les intérêts des producteurs et des coopératives tout en garantissant la stabilité du secteur.

RANDOHLE.A

Melissa Kamga, ingénieure agronome : « L’agriculture est un puissant levier d’autonomie pour les femmes africaines »

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, Melissa Kamga , jeune femme ingénieure agronome et accompagnatrice de projets agricoles pour les investisseurs de la diaspora. Entre défis, résilience et passion pour la terre, elle partage son parcours et sa vision de l’avenir de l’agriculture africaine.

Melissa Kamga, ingénieure agronome – « L’agriculture est un puissant levier d’autonomie pour les femmes africaines »

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, nous avons rencontré Melissa Kamga, ingénieure agronome et accompagnatrice de projets agricoles pour les investisseurs de la diaspora. Entre défis, résilience et passion pour la terre, elle partage son parcours et sa vision de l’avenir de l’agriculture africaine.

Presentez vous à nos lecteurs

MK.Je suis Mélisa Kamga, ingénieure agronome et fondatrice de MK Agribusiness. J’accompagne les investisseurs agricoles, notamment ceux de la diaspora africaine, dans la structuration, la mise en œuvre et le suivi technique de leurs projets agricoles en Afrique. Avec plus de 3 ans d’expérience sur le terrain dans l’accompagnement et le pilotage de projets agricoles, mon objectif est d’aider les porteurs de projets à sécuriser leurs investissements et à construire des exploitations agricoles rentables et durables.

. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a conduite à devenir ingénieure agronome ?

MK . Mon parcours dans l’agriculture a commencé très tôt, mais il s’est réellement structuré lorsque j’ai intégré la faculté d’agronomie. Très vite, j’ai compris que l’agriculture en Afrique représente bien plus qu’un simple métier : c’est un levier puissant de développement économique et d’autonomie pour les populations.

Dès ma troisième année universitaire, j’ai décidé de ne pas me limiter à la théorie. J’ai loué un terrain et lancé mes premières activités agricoles. Comme beaucoup d’entrepreneurs débutants, j’ai connu plusieurs échecs. Ces expériences ont été difficiles, mais elles ont aussi été mes plus grandes écoles.

Par la suite, j’ai eu l’opportunité de travailler avec des investisseurs de la diaspora africaine installés notamment au Canada et en Allemagne. Cette expérience m’a permis de comprendre les défis spécifiques que rencontrent les personnes qui souhaitent investir dans l’agriculture en Afrique à distance.

Aujourd’hui, mon travail consiste principalement à accompagner les investisseurs et les entrepreneurs agricoles, en combinant expertise agronomique, expérience terrain et outils digitaux.

3. En tant que femme dans un secteur traditionnellement masculin, quels ont été vos plus grands défis et comment les avez-vous surmontés ?

L’agriculture reste encore un secteur où les femmes doivent souvent prouver davantage leur compétence et leur légitimité. Au début de mon parcours, il n’était pas toujours évident d’être prise au sérieux, surtout lorsqu’il fallait gérer des équipes sur le terrain ou prendre des décisions techniques.

Le plus grand défi a été de gagner la confiance des acteurs du terrain tout en affirmant mon expertise.

Ce qui m’a aidée à surmonter ces obstacles, c’est avant tout la compétence, la persévérance et les résultats concrets. Lorsque les gens voient que vous maîtrisez votre domaine et que vos conseils produisent des résultats, les préjugés disparaissent progressivement.

Aujourd’hui, je considère que chaque femme qui réussit dans ce secteur ouvre la voie à beaucoup d’autres.

Quelles expériences ou réussites professionnelles vous ont le plus marquée jusqu’à présent ?

MK.Ce qui m’a le plus marquée dans mon parcours, ce sont les nombreux projets agricoles que j’ai eu l’opportunité d’accompagner pour des investisseurs de la diaspora.

Ces expériences m’ont permis de comprendre en profondeur les réalités du terrain : les défis techniques, les problèmes de gestion à distance, mais aussi les opportunités extraordinaires que représente l’agriculture en Afrique.

Chaque projet accompagné est une source d’apprentissage. Voir un projet agricole se structurer, créer de la valeur et parfois générer des emplois locaux est une grande satisfaction pour moi.

Vous avez également publié des livres. Pouvez-vous nous parler de ces ouvrages et de ce qui vous a motivée à les écrire ?

MK. L’écriture de mes livres est née d’un constat simple : beaucoup d’investisseurs et d’entrepreneurs agricoles échouent parce qu’ils manquent d’informations pratiques et structurées.

Au fil des années, j’ai accumulé une expérience importante sur le terrain et dans l’accompagnement de projets agricoles. J’ai donc voulu partager ces connaissances de manière accessible et pédagogique.

Mon objectif est d’aider les porteurs de projets à éviter certaines erreurs courantes et à structurer leurs activités de manière plus professionnelle.

Comment vos livres contribuent-ils à l’accompagnement des porteurs de projets agricoles ?

MK : Mes livres ont été conçus comme des guides pratiques.

Ils permettent aux entrepreneurs agricoles de mieux comprendre les différentes étapes nécessaires pour réussir un projet agricole : de la planification à la production, en passant par la gestion des risques et la commercialisation.

L’idée est de donner aux lecteurs des outils concrets pour prendre de meilleures décisions et sécuriser leurs investissements.

le monde entier célèbre aujourd’hui la journée internationale des droits de la femme, pensez-vous que l’inclusion des femmes dans l’agriculture en Afrique doit être prise en compte dans les politiques de gouvernance ?

Je crois profondément que les femmes ont un rôle central à jouer dans la transformation agricole en Afrique.

À travers mes activités d’accompagnement, de formation et de communication, j’essaie de montrer que les femmes peuvent non seulement participer au secteur agricole, mais aussi y occuper des positions de leadership.

Encourager les femmes à entreprendre dans l’agriculture, c’est aussi contribuer à renforcer l’autonomie économique des communautés.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans l’agriculture ?

Je leur dirais avant tout de se former sérieusement et de ne pas avoir peur de commencer petit.

L’agriculture est un secteur exigeant qui demande de la rigueur, de la patience et une bonne planification.

Il est également important de combiner aujourd’hui les compétences techniques agricoles avec les outils digitaux et la stratégie commerciale, car l’agriculture moderne ne se limite plus uniquement à produire.

 Selon vous, quelles qualités sont essentielles pour réussir en agriculture ?

Plusieurs qualités sont essentielles :

  • La discipline
  • La résilience
  • La capacité d’apprentissage continu
  • La vision entrepreneuriale

L’agriculture est un secteur où les imprévus sont fréquents. Il faut donc être capable de s’adapter et de persévérer malgré les difficultés.

Y ‘a-t-il un  exemple concret de projet agricole que vous avez accompagné et qui a eu un impact positif sur la communauté ?

MK.Parmi les différents projets agricoles que j’ai eu l’opportunité d’accompagner, l’un des plus marquants est celui d’un investisseur de la diaspora camerounaise résidant en Allemagne. Son projet est situé à Batchenga, dans la région du Centre au Cameroun.

Lorsque j’ai rejoint le projet, il était déjà en cours mais les rendements agricoles restaient faibles. Ma mission a été de restructurer la conduite technique de l’exploitation et d’améliorer les performances des cultures, notamment le maïs et le manioc. Grâce à une meilleure planification agronomique et un suivi plus rigoureux, nous avons pu viser une augmentation significative des rendements, notamment pour le maïs.

J’ai également participé au pilotage global de la ferme, qui développait en parallèle des activités d’élevage, tout en encadrant l’équipe agricole sur le terrain. Après près de cinq ans de collaboration, le projet a connu une amélioration des rendements et une organisation plus stable, avec des résultats économiques plus satisfaisants.

Comment voyez-vous l’évolution de la place des femmes dans l’agriculture en Afrique ?

MK.Je suis très optimiste.

De plus en plus de femmes s’intéressent à l’entrepreneuriat agricole et occupent des rôles importants dans la production, la transformation et la commercialisation.

Avec l’accès à la formation, au financement et aux outils digitaux, je pense que les femmes joueront un rôle encore plus stratégique dans l’agriculture africaine dans les années à venir.

Que signifie pour vous la Journée Internationale de la Femme ?

Pour moi, la Journée Internationale de la Femme est un moment important pour célébrer les avancées réalisées, mais aussi pour rappeler les efforts qui restent à faire pour garantir l’égalité des opportunités.

C’est aussi une occasion de mettre en lumière les femmes qui contribuent au développement de leurs communautés.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes filles ?

Je voudrais leur dire que leurs rêves sont légitimes et réalisables.

L’agriculture est un domaine passionnant qui offre de nombreuses opportunités d’innovation et d’impact.

Avec de la détermination, de la formation et du travail, elles peuvent construire des carrières remarquables dans ce secteur.

Quels changements seraient nécessaires pour renforcer l’inclusion des femmes dans l’agriculture ?

Il est important de faciliter l’accès des femmes :

  • A la formation
  • Au financement
  • Aux technologies modernes

Ces éléments sont essentiels pour permettre aux femmes de développer pleinement leur potentiel dans le secteur agricole.

 Quel encouragement souhaitez-vous partager aux femmes engagées dans l’agriculture ?

Je voudrais leur dire de continuer à croire en leur capacité à transformer leur environnement.

Chaque projet agricole réussi, chaque entreprise créée, chaque initiative portée par une femme contribue à bâtir une agriculture africaine plus forte et plus inclusive.

KEVIN PANGNI

Côte d’Ivoire : Une étude  sur les coûts de production du cacao révèle les défis de durabilité pour les producteurs

À l’heure où la durabilité de la cacaoculture ivoirienne est au cœur des débats internationaux, une nouvelle étude sur les coûts de production du cacao vient relancer la réflexion sur l’avenir de la filière. Présentée officiellement par l’INADES-FORMATION  COTE D’IVOIRE  en collaboration avec la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), cette recherche met en lumière les défis structurels auxquels font face les producteurs dans un contexte marqué par le vieillissement des plantations, la raréfaction de la main-d’œuvre et les effets du changement climatique.

L’atelier de restitution de cette étude menée pendant la petite traite et la grande traite de la campagne de 2024/2025 a eu lieu le mardi 24 Février 2026,   dans la commune du Plateau. Dans son mot d’ouverture, TETIALI DIGBEU, Président du Conseil d’Administration de l’organisation a insisté sur la nécessité de replacer le producteur au centre des politiques agricoles. Pour lui, comprendre les coûts réels de production du cacao est aujourd’hui indispensable pour bâtir une filière plus équitable et durable.

« La durabilité ne peut être dissociée de la rentabilité », a-t-il souligné, appelant à une meilleure prise en compte du travail familial dans la fixation du prix bord champ. Il a par ailleurs rappelé que le cacao constitue un pilier essentiel de subsistance pour des millions de familles ivoiriennes, d’où l’importance d’évaluer avec précision l’ensemble des efforts humains, matériels et financiers mobilisés dans la production.

Menée dans treize départements répartis sur huit régions du pays, Une rentabilité de plus en plus fragile, L’étude menée sur les campagnes agricoles 2024-2025 et 2025-2026 estime les coûts de production entre 1 300 et 1 500 FCFA par kilogramme de cacao, selon les hypothèses retenues pour valoriser le travail familial.

L’analyse de la structure des coûts met en évidence des variations significatives selon l’hypothèse retenue pour la valorisation du travail familial.

Lorsque celui-ci est estimé à 3 000 FCFA par jour, certains postes apparaissent particulièrement déterminants. Le coût de la terre représente environ 13 % des dépenses totales, tandis que les activités de récolte et de post-récolte avoisinent 22 %. Lorsque les opérations de post-récolte sont considérées isolément, leur poids peut atteindre 27 % du coût global. Les coûts cachés occupent également une place importante, représentant environ 21 % des dépenses totales. Par ailleurs, les opérations d’entretien des plantations comprenant le nettoyage, la taille, les traitements phytosanitaires et l’apport d’engrais, représentent près de 15 % de l’ensemble des coûts.

Lorsque la valorisation du travail familial est portée à 5 000 FCFA par jour, le coût moyen de production s’élève à 1 522 FCFA par kilogramme, contre 1 322 FCFA par kilogramme dans l’hypothèse d’une rémunération journalière de 3 000 FCFA. Or, ces niveaux de coûts sont aujourd’hui très proches du prix bord champ, ce qui limite fortement les marges bénéficiaires des planteurs. Dans certains cas, les charges réelles excèdent même les revenus tirés de la vente du cacao

Une tendance confirmée par  François Ruf, consultant principal de l’étude, qui souligne une hausse progressive des charges liées notamment à la récolte, aux traitements phytosanitaires, au transport, mais aussi aux coûts dits cachés tels que les pertes post-récolte ou les fraudes sur les pesées.

Cette étude a révélé aussi que  la cacaoculture ivoirienne serait entrée dans une phase dite de récession structurelle, caractérisée par la fin de la rente forestière qui permettait autrefois de cultiver sans recours massif aux intrants agricoles. Aujourd’hui, la dégradation des sols, la prolifération des maladies comme le swollen shoot et l’augmentation du coût du travail contraignent les producteurs à investir davantage pour maintenir leurs rendements.

En moyenne, près de 150 jours de travail sont désormais nécessaires pour produire une tonne de cacao, signe d’une baisse tendancielle de la productivité liée aux mutations environnementales et socio-économiques.

L’étude met également en évidence un déficit critique de replantation : seulement 24 % des planteurs procèdent au renouvellement de leurs vergers, exposant ainsi la filière à une érosion progressive des rendements. Cette situation compromet la durabilité des exploitations, d’autant que les coûts de replantation restent largement sous-estimés dans les calculs actuels de production.

Cette situation compromet non seulement la rentabilité des exploitations, mais également leur durabilité. En effet, les dépenses liées à la replantation  pourtant indispensables face au vieillissement des vergers restent insuffisamment prises en compte dans les coûts actuels, en raison du faible taux de renouvellement des plantations observé sur le terrain.

Des impacts socio-économiques et environnementaux

Face à ces contraintes économiques, de nombreux jeunes producteurs peinent à accéder à la terre, dont le coût peut atteindre jusqu’à un million de FCFA pour un hectare dans certaines zones comme Soubré. Cette pression foncière pousse certains planteurs à migrer vers des pays voisins, notamment le Libéria, à la recherche de nouvelles terres plus accessibles.

Pour le consultant de  la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), les incertitudes liées à la valorisation du bois issu des systèmes agroforestiers freinent l’adoption de pratiques pourtant encouragées dans une perspective de durabilité environnementale.

Vers un plaidoyer pour un meilleur prix au producteur

Pour le PCA de l’INADES, les conclusions de cette étude doivent servir de base à un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des réalités du terrain dans la fixation du prix au producteur.

« Si l’on met bout à bout les efforts humains, les intrants, l’entretien des plantations et les investissements nécessaires au renouvellement des vergers, il devient évident que le prix doit tenir compte des facteurs environnementaux et sociaux », a-t-il indiqué.

L’objectif est désormais d’engager un dialogue constructif avec les partenaires financiers et les autorités publiques afin d’identifier des solutions susceptibles d’améliorer la part revenant aux producteurs.

Dans cette optique, la diversification des cultures et le développement d’une agroforesterie à vocation économique apparaissent comme des pistes à explorer pour réduire la dépendance des ménages agricoles aux revenus issus du seul cacao.

Randohle .A

L’UDCI San Pedro et la coopérative ECAD parrainent le Mahoulid à Gabiadji et sensibilisent à l’agriculture durable

La coopérative ECAD, dirigée par son PCA M. Bayoué Oumarou, en partenariat avec l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI) – Coordination San Pedro, a eu le privilège de parrainer la cérémonie de Mahoulid organisée par le grand groupe islamique Ançar Dine de Gabiadji, ce lundi 9 février 2026.

À cette occasion, le coordonnateur départemental a invité les illustres imams à élever des prières de bénédiction pour la cohésion sociale et la paix en Côte d’Ivoire, des valeurs prônées par le Président national de l’UDCI, M. Téhé Mansou, ainsi que par le parrain, le Ministre d’État, Ministre de la Défense et Vice-Premier Ministre, M. Téné Brahima Ouattara.

Au-delà de l’aspect spirituel, cette rencontre a été un cadre privilégié de sensibilisation sur l’agriculture durable, un enjeu majeur pour la localité de Gabiadji dont la communauté est essentiellement composée d’agriculteurs. Les échanges ont porté sur l’importance des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, l’amélioration des rendements et la valorisation des productions locales.

L’UDCI a, à cet effet, présenté sa vision et son engagement à contribuer activement au développement rural, notamment à travers l’accompagnement des producteurs, le renforcement des capacités, l’appui à l’organisation des agriculteurs en coopératives et la promotion de projets agricoles générateurs de revenus.

Cette démarche vise à améliorer durablement les conditions de vie des populations rurales tout en consolidant la cohésion sociale.

C’est dans une immense joie et une atmosphère de fraternité que la cérémonie a pris fin ce mardi 10 février 2026 à 13 heures

KEVIN KPANGNI

Gnity-Cailloux : la cohésion sociale, un levier pour une agriculture durable

 À Gnity-Cailloux, dans le département de San Pedro, l’Église CMA a organisé une croisade de prière placée sous le signe de la paix, de l’unité nationale et du vivre-ensemble. C’était le samedi 7 février 2026.  Une initiative spirituelle qui a rassemblé fidèles, responsables religieux et acteurs communautaires, dans un contexte où la cohésion sociale demeure un enjeu majeur pour les zones rurales.

Parmi les personnalités présentes, la coordination départementale de l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI) de San Pedro, conduite par son délégué départemental, M. Bayoué Oumarou, également Président du Conseil d’Administration de l’Entreprise Coopérative Agricole (ECAD), a marqué sa participation à cette rencontre.

Au cours de la cérémonie, les responsables religieux ont appelé à la prière pour la paix durable, la stabilité et l’unité nationale. Prenant la parole, le délégué départemental de l’UDCI a invité les pasteurs à porter dans leurs prières les préoccupations des communautés, soulignant que la paix sociale constitue un pilier essentiel du développement local, notamment pour les activités agricoles qui structurent l’économie de la localité.

Cette participation s’est faite au nom du parrain de la cérémonie, M. Téné Ibrahima Ouattara, dont l’engagement en faveur de la concorde nationale et du développement harmonieux des populations a été rappelé à cette occasion.

À travers cette présence, l’UDCI San Pedro réaffirme son attachement aux initiatives spirituelles et citoyennes visant à renforcer les liens sociaux et à préserver un climat apaisé, condition indispensable à la production agricole, à la sécurité alimentaire et au développement durable des communautés rurales.

KEVIN KPANGNI

Gnanké : l’UDCI et la coopérative agricole ECAD sensibilisent les agriculteurs à la cohésion sociale et au développement durable

Gnanké (Méagui), mardi 03 février 2025

Le Départemental de l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI), section San-Pedro, conduit par M. Bayoue Oumarou, Président du Conseil d’Administration (PCA) de la coopérative agricole ECAD, a effectué une visite de terrain à Gnanké, localité située à environ 15 kilomètres de Méagui.

Accompagnée d’une délégation composée de leaders communautaires et d’acteurs du monde agricole, l’équipe de l’UDCI est allée à la rencontre des agriculteurs et producteurs locaux, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation axée sur la cohésion sociale, le vivre-ensemble, la paix et le développement durable en milieu rural.

Cette rencontre a permis d’instaurer un dialogue direct avec les producteurs, principalement engagés dans les cultures vivrières et de rente. Les échanges ont porté sur les défis liés à la production agricole, à l’accès aux intrants, à la structuration des filières ainsi qu’à la nécessité de renforcer la solidarité entre communautés pour bâtir une agriculture résiliente.

À cette occasion, M. Bayoue Oumarou a présenté les missions et actions de la coopérative agricole ECAD, basée à Gnitty Cailloux, qui œuvre activement pour l’encadrement technique des agriculteurs, l’amélioration des rendements, la valorisation des produits locaux et l’autonomisation économique des producteurs.

« Le développement de la Côte d’Ivoire repose en grande partie sur ses agriculteurs. À travers ECAD et l’UDCI, nous voulons accompagner les producteurs, promouvoir la paix sociale et créer des opportunités durables pour les communautés rurales », a souligné le PCA.

Profitant de cette rencontre, les populations de Gnanké ont également exprimé plusieurs doléances majeures, notamment la réalisation d’un forage hydraulique pour améliorer l’accès à l’eau potable, ainsi que la construction de bâtiments de classes afin de renforcer les capacités éducatives du village. Des besoins jugés prioritaires pour favoriser le bien-être des habitants et l’avenir des jeunes générations.

Le mouvement Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI), parrainé par Son Excellence Téné Ibrahima, Vice-Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire, se positionne comme un acteur engagé dans la promotion de la paix, de la solidarité nationale et du développement inclusif. À travers cette initiative de proximité, l’UDCI réaffirme sa volonté de placer l’agriculture et les populations rurales au cœur des politiques de développement.

Les populations de Gnanké ont salué cette démarche citoyenne et exprimé leur reconnaissance envers l’UDCI et la coopérative ECAD pour leur engagement constant en faveur du monde agricole et du progrès local.

KEVIN PANGNI

Agriculture/Environnement: Les femmes maraîchères du Poro face au choc climatique

Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le maraîchage féminin, pilier discret mais essentiel de la sécurité alimentaire, vacille sous l’effet d’un climat devenu instable. Dans la région du Poro, les saisons ne répondent plus aux repères d’hier. Les pluies arrivent trop tôt ou trop tard, parfois avec une violence inédite, parfois dans une absence prolongée. Entre excès d’eau et sécheresse brutale, les femmes qui cultivent les bas-fonds apprennent à travailler une terre qui ne leur parle plus comme avant.  De Mongaha à Bahouakaha, de Koko Djélisso à Dikodougou, les champs racontent une même histoire, celle d’une agriculture sous pression. Une enquête menée en janvier 2025 auprès de 395 femmes maraîchères révèle que plus de 95 % d’entre elles se disent directement affectées par les effets du changement climatique. Derrière ce chiffre, ce sont des vies fragilisées, des économies familiales menacées, une sécurité alimentaire locale qui vacille.

Il est huit heures du matin à Mongaha ce 10 janvier 2025, quartier périphérique de Korhogo, pourtant situé à proximité d’une forêt classée. Le soleil est déjà écrasant. Dans le jardin maraîcher de l’association Yefouyiplin, qui signifie « réunissons-nous » en langue sénoufo, les femmes retournent une terre devenue compacte, parfois stérile. Les choux ont pourri après des pluies excessives, les feuilles de laitue jaunissent sous un soleil trop brutal. La détresse se lit dans les gestes lents, dans les silences.

Yéo Yallah, veuve depuis vingt ans et mère de sept enfants, a longtemps vécu de cette parcelle. Aujourd’hui, malgré ses efforts, elle peine à assurer la ration quotidienne de sa famille. Avant, confie-t-elle à voix basse, on savait quand semer et quand récolter. Aujourd’hui, la pluie vient quand elle veut.

À quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la route, dans le quartier de Koko Djélisso, Tuo Penan affronte un autre visage du dérèglement climatique. Arrosoir à la main, daba posée à l’épaule, elle observe son champ partiellement submergé. En décembre 2024, des pluies inhabituelles pour cette période de l’année ont transformé la parcelle en zone inondée. Pour s’adapter, elle a rehaussé les buttes, tenté de canaliser l’eau, mais les pertes s’accumulent.

À Dikodougou et à Bahouakaha, le décor est inversé. Ici, ce sont les puits traditionnels qui racontent la crise. Des trous béants, asséchés, sans la moindre goutte d’eau. Les rivières se sont retirées. Soro Yedi, assise à l’ombre d’un arbre, le menton posé sur la main, regarde avec amertume ses plants desséchés. Depuis des semaines, dit-elle, il n’y a plus d’eau pour arroser le jardin. Les puits creusés à la main sont vides. On ne sait plus à quel saint se vouer.

À Dikodougou, le constat est partagé jusque dans les institutions. Soro Nicolas, premier adjoint au maire, évoque sans détour le déclin agricole de sa commune, autrefois considérée comme un pôle économique du Poro.  Dikodougou, explique-t-il, « alimentait les marchés environnants. Les commerçants venaient de Korhogo pour s’y approvisionner. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. La commune dépend des produits venus d’ailleurs. Le changement climatique a fait perdre aux producteurs la maîtrise de leurs cultures. »

« Les barrages sont à sec. Là où l’eau ne manquait jamais, les femmes ne trouvent plus une goutte. Autrefois, on semait en mai, la récolte était garantie. Aujourd’hui, en juillet et en août, périodes censées être les plus arrosées, la sécheresse frappe sans prévenir. Les plants meurent en terre ». a-t-il ajouté

Cette réalité locale s’inscrit dans une tendance nationale documentée. La Côte d’Ivoire, pays de saisons, voit ses repères climatiques se brouiller. Les données climatologiques nationales montrent qu’entre 1961 et 2016, le pays a connu une baisse progressive des précipitations moyennes, estimée entre 10 et 20 % selon les zones, tandis que la température moyenne a augmenté d’environ un degré Celsius. Cette hausse, en apparence modérée, suffit à intensifier l’évaporation, à assécher les sols et à perturber les cycles agricoles.

PEBANA YANA DAVID SILUE, maître de conférences de géographie à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, observe cette évolution depuis plusieurs années. Il explique qu’une année peut enregistrer jusqu’à 1500 millimètres de pluie, tandis que l’année suivante dépasse à peine 700 millimètres. Traditionnellement, le mois d’août concentrait les pluies les plus abondantes.

Selon la Société d’Exploitation et de Développement Aéroportuaire, Aéronautique et Météorologique (SODEXAM)  le nord de la Côte d’Ivoire est caractérisé par un régime pluviométrique unimodal, avec un maximum des précipitations concentré entre juillet et septembre. En 2024, les cumuls de pluie enregistrés sur cette période dans la zone des savanes, incluant Korhogo, se situent globalement dans les normales climatiques, avec des volumes compris entre 300 et 450 mm pour la période septembre–novembre, et des pics pluviométriques observés en juillet et septembre.
Cependant, la SODEXAM relève une forte irrégularité intra-saisonnière, marquée par des pluies intenses sur de courtes durées, parfois supérieures à 30 à 50 mm en une seule journée, suivies de séquences sèches prolongées.

Ce dérèglement a des conséquences directes sur les cultures maraîchères. Lorsque l’eau arrive en excès, elle provoque des inondations et détruit les semis. Lorsqu’elle manque, les plantes subissent un stress hydrique sévère. Dans les deux cas, les pertes sont lourdes.  A-t-il souligné

Dérèglement climatique contribue à la pauvreté dans cette région

En 2021, la pauvreté monétaire touche 37,5 % de la population ivoirienne, mais elle reste massivement concentrée en milieu rural. Plus d’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté dans les campagnes, contre un peu plus de 20 % en zone urbaine. Les régions du Nord figurent parmi les plus affectées, avec des taux dépassant largement la moyenne nationale, selon les données de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM)  réalisées de novembre 2021 à juillet 2022 ;

Dans le Poro, cette vulnérabilité structurelle accentue l’impact du changement climatique sur les femmes maraîchères. Trois femmes sur quatre ont perdu au moins une récolte au cours des deux dernières années. Là où certaines coopératives produisaient plus de 100 tonnes il y a cinq ans, elles peinent aujourd’hui à atteindre 10 tonnes par an. « avant une seule récolte de carottes pouvait me rapporter jusqu’à 500 000 fcfa  (cinq cent mille francs CFA). Aujourd’hui, gagner cinquante mille francs relève du combat » s’est exprimée  Tuo Penan

 Louis Ebali, agent à la Direction régionale de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique du Poro, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences sociales de la crise climatique.

« Il faut comprendre que pour ces femmes, le maraîchage n’est pas une activité secondaire ou un simple passe-temps. C’est le moteur vital de la famille. C’est cet argent qui finance l’alimentation quotidienne, les soins de santé et, surtout, l’éducation des enfants.

Aujourd’hui, le constat sur le terrain est douloureux : le peu que ces femmes parviennent à récolter ne suffit même plus à couvrir les besoins alimentaires de base. Or, dans notre région, ce sont elles qui portent l’essentiel des dépenses du foyer sur leurs épaules. Lorsque les récoltes chutent, ce n’est pas seulement un champ qui est perdu, c’est toute l’économie familiale qui vacille et menace de s’écrouler. »

Agnero Hermès, doctorant en sociologie et développement local à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, confirme cette chute brutale des revenus. Là où certaines exploitantes tiraient auparavant trente à quarante mille francs CFA par cycle de production, elles se retrouvent aujourd’hui autour de dix à quatorze mille francs. Une précarité qui s’installe durablement.

L’anaphabetisation un frein

L’accès à l’information constitue un autre obstacle majeur. Selon Soro Gaoussou, président de l’ONG Animation Rurale de Korhogo (ARK), une organisation qui  est spécialisée dans le developpement durable, près de 90 % des productrices ne savent ni lire ni écrire. Les messages de sensibilisation, souvent techniques et écrits, ne sont pas adaptés à leur réalité. Il plaide pour des outils visuels, pratiques, et pour une meilleure coordination entre chercheurs, ONG et pouvoirs publics afin d’accompagner durablement les agricultrices.

Engagement des autorités locales

Les autorités locales tentent d’apporter des réponses. À Korhogo, la mairie distribue ponctuellement des intrants agricoles. Plus de trois cents représentantes de femmes ont récemment bénéficié d’un appui en engrais. Mais ces aides restent limitées face à l’ampleur du défi climatique, selon Yacouba Coulibaly  directeur de cabinet du maire de Korhogo

À Dikodougou, la mairie tente de soutenir les femmes maraîchères malgré des moyens limités. Les autorités municipales annoncent leur intention d’intégrer, pour la première fois, des actions d’adaptation des femmes face au changement climatique dans le prochain programme triennal de développement communal.

Selon Nicolas Soro, premier adjoint au maire, cette prise de conscience est récente. Informée lors d’échanges à Abidjan de la possibilité pour les collectivités locales de porter des projets climatiques en faveur des femmes rurales, la municipalité prévoit d’inscrire ces initiatives dans son budget triennal à venir. Une étape institutionnelle jugée essentielle pour structurer un appui plus durable aux agricultrices confrontées aux effets du dérèglement climatique.

 Résilience  et  Adaptation  des femmes jardinières

Face au dérèglement climatique, les femmes jardinières du nord ivoirien ne se contentent plus de subir. Sur le terrain, leurs initiatives relèvent à la fois de l’adaptation et de la résilience. L’adaptation s’exprime dans les changements immédiats de pratiques agricoles. Pour faire face à la sécheresse et aux pluies imprévisibles, certaines utilisent des semences plus résistantes, surélèvent les buttes, creusent des puits artisanaux ou pratiquent la rotation des cultures. Ces ajustements visent à maintenir la production dans un contexte climatique devenu incertain.

 Comme  Tuo Penan, 8 femmes sur 10 expérimentent  l’agroecologie des cultures et la rotation des espèces. Elle mélange chou, salade et carotte sur une même parcelle. Si l’une échoue, l’autre peut réussir. Pour elle, c’est une stratégie de survie plus qu’un choix.

D’autres, comme Soro Sita, s’adonnent à des petits  métiers par exemple  les petits commerces ou la fabrication d’attiéké pour tenir les deux bouts.

Mais au-delà de ces réponses techniques, les femmes développent une véritable résilience communautaire. En s’organisant en associations, en mutualisant les efforts et en s’appuyant sur la solidarité locale, elles cherchent à absorber les chocs répétés sans perdre leurs moyens de subsistance. Cette résilience, encore fragile, repose largement sur leur capacité à rester unies face à l’adversité, en l’absence d’un accompagnement structurel suffisant

Solutions proposées par les chercheurs

Face à l’instabilité climatique, la recherche agronomique explore des alternatives capables de sécuriser les productions agricoles. À l’Université Péléforo-Gon Coulibaly de Korhogo, le Dr Koné Dofungo, enseignant-chercheur à l’Institut de gestion agropastorale, met en avant deux pistes majeures d’adaptation : l’adoption de variétés à cycle court et le développement de la culture hors sol.

Selon lui, la recherche s’oriente de plus en plus vers des semences dont le cycle de production est réduit, afin de limiter l’exposition des cultures aux aléas climatiques. L’exemple le plus emblématique reste le riz NERICA, New Rice for Africa, développé par Africa Rice. Contrairement aux variétés traditionnelles locales, dont le cycle pouvait durer cinq à six mois, le NERICA atteint la maturité en environ trois mois. Une réduction du cycle qui diminue considérablement les risques liés aux sécheresses, aux pluies excessives ou aux perturbations saisonnières.

Autre levier d’adaptation, la culture hors sol. Cette technique permet de mieux contrôler l’eau et les fertilisants, tout en s’affranchissant partiellement des contraintes liées à la dégradation des sols et à la raréfaction des ressources hydriques. Pour le chercheur, cette approche offre une réponse concrète aux défis posés par le changement climatique, en améliorant la résilience des exploitations agricoles, notamment celles portées par les femmes.

L’appel à l’action est urgent, Agir maintenant pour ne pas laisser le Nord s’éteindre

À Korhogo, Dikodougou comme à Bahouakaha une sous-préfecture de Sinematiali, la détermination des maraîchères ne suffit plus face au chaos climatique. Lorsque leurs jardins meurent, c’est l’éducation, la santé et l’alimentation de toute une génération qui sont sacrifiées. Les pouvoirs publics et les partenaires au développement doivent impérativement investir dans des systèmes d’irrigation modernes, des semences résilientes et des formations adaptées aux femmes rurales. Soutenir ces « sentinelles de la terre », c’est sauver le pilier économique de nos foyers. Le grenier du Poro ne doit pas devenir un désert par simple indifférence.

Enquête réalisée par Randohle.A

Projet Bi-Trougô : l’IDEF mobilise les autorités autour de la création d’une forêt communautaire à Debango

Dans le cadre du déploiement du projet Bi-Trougô, l’ONG initiatives pour le développement communautaire et de la  conservation de la forêt (IDEF) a rencontré, jeudi 15 janvier 2026,  les autorités administratives et les services techniques déconcentrés de l’État à Bondoukou, afin de poser les bases institutionnelles de la création d’une forêt communautaire dans le village de Debango.

Cet autre projet  s’inscrit dans le Projet Transition Bas Carbone, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France en collaboration avec le ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique (MINEDDTE).

Selon le président de l’IDEF, le projet s’inscrit donc dans la continuité d’une action menée il y a deux ans dans cette localité. « Debango est l’un des villages bénéficiaires de nos précédents projets. La communauté a poursuivi les activités avec une forte approche communautaire. Aujourd’hui, c’est à leur demande que nous les accompagnons pour ériger et faire classer une zone forestière de leur terroir en forêt communautaire », a-t-il expliqué.

Contrairement aux forêts classées, parcs nationaux ou réserves naturelles, la forêt communautaire envisagée restera sous la gestion directe de la communauté locale. Un plan simplifié de gestion permettra aux populations de définir les usages possibles de la forêt, tout en garantissant sa conservation, a précisé le président de l’IDEF.

L’équipe de l’IDEF conduit par son président  Marc  Anthelme Kouadio  a été reçue par le préfet de région de Bondoukou le gouverneur Kouadio André, ainsi que les directeurs régionaux des ministères en charge de l’Environnement, des Eaux et Forêts, de l’Agriculture, et  du ministère de la Femme. Les échanges ont porté sur la promotion de la foresterie communautaire, la restauration des écosystèmes forestiers dégradés et le renforcement de la résilience climatique des communautés locales en particulier de la communauté de Debango.

« L’enjeu est de nous connecter aux directions régionales et de solliciter leur appui institutionnel, afin de garantir une mise en œuvre concertée et durable du projet », a conclu le président de l’IDEF.

Les autorités ont salué la pertinence du projet et son alignement avec les priorités nationales en matière de lutte contre le changement climatique et de développement durable. Elles ont exprimé leur disponibilité à accompagner l’initiative et à faciliter la mobilisation des acteurs locaux pour une mise en œuvre concertée et efficace.

Cette étape marque un jalon essentiel dans l’ancrage institutionnel du projet Bi-Trougô et confirme la volonté de l’IDEF de promouvoir une gouvernance inclusive des ressources forestières, au service des communautés locales et de la lutte contre le changement climatique.

Randohle.A

Marché carbone et cacao : la Côte d’Ivoire face à une opportunité climatique et agricole majeure

« La Côte d’Ivoire dispose d’environ six millions d’hectares éligibles. C’est une opportunité unique pour développer des projets carbone capables de générer des revenus tout en restaurant durablement les paysages forestiers »

Manque de liquidité pour l’achat des fèves de Cacao pour la campagne 2025-2026, les producteurs et la PICD Plaident  pour une banque agricole

À l’issue d’une conférence de presse organisée le 4 décembre à Yamoussoukro, plusieurs responsables de coopératives cacaoyères ont exprimé leur désarroi face  aux  blocages persistants dans la commercialisation du cacao, malgré la satisfaction exprimée à l’annonce du prix bord champ fixé cette année à 2 800 FCFA le kilo.

Une joie de courte durée. Des délais anormalement longs qui paralysent la filière

Les coopératives pointent du doigt les délais excessifs à toutes les étapes : émission et validation des connaissements, déchargement au port, encaissement des chèques, puis retrait des fonds en banque.

Selon le PCA de la coopérative CAPRISSA situé dans l’indenié djuablin
« Pour incorporer et valider un connaissement, nous avons immobilisé une remorque pendant près d’une semaine. Et au port, le déchargement peut prendre des jours, voire des semaines. Ensuite, récupérer l’argent à la banque peut prendre cinq jours à une semaine. »Ces lenteurs provoquent une situation financière critique.

Pres de 1MILLIARD 102 MILLIONS DE FCFA ne sont encore pas encore payés aux producteurs


« Nous sommes à près d’un milliard 102 millions de dépôts-vente que nous n’arrivons pas à payer tout simplement parce que tout est bloqué », a-t-il révélé.

Les magasins sont saturés du central aux sections, créant un problème de stockage aigu. Et ce retard de paiement a un impact direct sur les planteurs.


« Les producteurs ont des urgences. Ils préfèrent brader leurs produits que d’attendre le dépôt de vente, ce qui les pousse vers les acheteurs véreux », regrette Mr KOUADIO KOUAKOU LAURENT

Un appel fort au gouvernement et au Conseil du Café-Cacao

Les acteurs de la filière demandent un engagement plus fort des autorités pour débloquer la situation.
« Nous interpellons les décideurs à nous aider à rendre plus fluide le processus de déchargement du cacao au port et à accompagner les coopératives, surtout pour faciliter l’obtention des prêts bancaires », a insisté YAPO SEKA PCA de la coopérative GEDEON d’Affery il a par la suite proposé que  le CCC joue un rôle de garant pour soutenir les coopératives sérieuses dans l’accès au crédit.

Vers la création d’une banque agricole ?

Les responsables estiment que l’un des leviers essentiels serait la création d’une banque agricole dédiée, adaptée aux réalités du secteur.


« Oui, c’est vrai qu’on a fait des échecs avant, mais on peut toujours reprendre. Tant qu’on va rester là, les producteurs seront la proie des acheteurs véreux. Il faut que nous ayons une banque à nous-mêmes, adaptée à nos réalités », a plaidé un intervenant.

Pour lui, les producteurs remboursent déjà leurs crédits auprès des exportateurs ou des sociétés de camions ; il est donc incompréhensible que l’accès aux banques classiques soit si difficile.
Il appelle enfin le Conseil du Café-Cacao à être attentif à leurs préoccupations et à envisager des mécanismes de financement innovants :
« Il suffit de prévoir des lignes de prélèvement pour financer la création de cette banque et ça va nous faire du bien. » a renchérit YAPO SEKA PCA de la coopérative GEDEON d’Affery

Une filière sous pression qui attend des mesures fortes

Les responsables des coopératives concluent en exhortant le gouvernement et le ministère de tutelle à débloquer urgemment la situation pour permettre aux producteurs de recevoir rapidement leurs paiements et de poursuivre leurs activités dans de meilleures conditions.

                                                                  RANDOHLE. A

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