À l’heure où la durabilité de la cacaoculture ivoirienne est au cœur des débats internationaux, une nouvelle étude sur les coûts de production du cacao vient relancer la réflexion sur l’avenir de la filière. Présentée officiellement par l’INADES-FORMATION COTE D’IVOIRE en collaboration avec la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), cette recherche met en lumière les défis structurels auxquels font face les producteurs dans un contexte marqué par le vieillissement des plantations, la raréfaction de la main-d’œuvre et les effets du changement climatique.
L’atelier de restitution de cette étude menée pendant la petite traite et la grande traite de la campagne de 2024/2025 a eu lieu le mardi 24 Février 2026, dans la commune du Plateau. Dans son mot d’ouverture, TETIALI DIGBEU, Président du Conseil d’Administration de l’organisation a insisté sur la nécessité de replacer le producteur au centre des politiques agricoles. Pour lui, comprendre les coûts réels de production du cacao est aujourd’hui indispensable pour bâtir une filière plus équitable et durable.
« La durabilité ne peut être dissociée de la rentabilité », a-t-il souligné, appelant à une meilleure prise en compte du travail familial dans la fixation du prix bord champ. Il a par ailleurs rappelé que le cacao constitue un pilier essentiel de subsistance pour des millions de familles ivoiriennes, d’où l’importance d’évaluer avec précision l’ensemble des efforts humains, matériels et financiers mobilisés dans la production.
Menée dans treize départements répartis sur huit régions du pays, Une rentabilité de plus en plus fragile, L’étude menée sur les campagnes agricoles 2024-2025 et 2025-2026 estime les coûts de production entre 1 300 et 1 500 FCFA par kilogramme de cacao, selon les hypothèses retenues pour valoriser le travail familial.
L’analyse de la structure des coûts met en évidence des variations significatives selon l’hypothèse retenue pour la valorisation du travail familial.
Lorsque celui-ci est estimé à 3 000 FCFA par jour, certains postes apparaissent particulièrement déterminants. Le coût de la terre représente environ 13 % des dépenses totales, tandis que les activités de récolte et de post-récolte avoisinent 22 %. Lorsque les opérations de post-récolte sont considérées isolément, leur poids peut atteindre 27 % du coût global. Les coûts cachés occupent également une place importante, représentant environ 21 % des dépenses totales. Par ailleurs, les opérations d’entretien des plantations comprenant le nettoyage, la taille, les traitements phytosanitaires et l’apport d’engrais, représentent près de 15 % de l’ensemble des coûts.
Lorsque la valorisation du travail familial est portée à 5 000 FCFA par jour, le coût moyen de production s’élève à 1 522 FCFA par kilogramme, contre 1 322 FCFA par kilogramme dans l’hypothèse d’une rémunération journalière de 3 000 FCFA. Or, ces niveaux de coûts sont aujourd’hui très proches du prix bord champ, ce qui limite fortement les marges bénéficiaires des planteurs. Dans certains cas, les charges réelles excèdent même les revenus tirés de la vente du cacao
Une tendance confirmée par François Ruf, consultant principal de l’étude, qui souligne une hausse progressive des charges liées notamment à la récolte, aux traitements phytosanitaires, au transport, mais aussi aux coûts dits cachés tels que les pertes post-récolte ou les fraudes sur les pesées.

Cette étude a révélé aussi que la cacaoculture ivoirienne serait entrée dans une phase dite de récession structurelle, caractérisée par la fin de la rente forestière qui permettait autrefois de cultiver sans recours massif aux intrants agricoles. Aujourd’hui, la dégradation des sols, la prolifération des maladies comme le swollen shoot et l’augmentation du coût du travail contraignent les producteurs à investir davantage pour maintenir leurs rendements.
En moyenne, près de 150 jours de travail sont désormais nécessaires pour produire une tonne de cacao, signe d’une baisse tendancielle de la productivité liée aux mutations environnementales et socio-économiques.
L’étude met également en évidence un déficit critique de replantation : seulement 24 % des planteurs procèdent au renouvellement de leurs vergers, exposant ainsi la filière à une érosion progressive des rendements. Cette situation compromet la durabilité des exploitations, d’autant que les coûts de replantation restent largement sous-estimés dans les calculs actuels de production.
Cette situation compromet non seulement la rentabilité des exploitations, mais également leur durabilité. En effet, les dépenses liées à la replantation pourtant indispensables face au vieillissement des vergers restent insuffisamment prises en compte dans les coûts actuels, en raison du faible taux de renouvellement des plantations observé sur le terrain.
Des impacts socio-économiques et environnementaux
Face à ces contraintes économiques, de nombreux jeunes producteurs peinent à accéder à la terre, dont le coût peut atteindre jusqu’à un million de FCFA pour un hectare dans certaines zones comme Soubré. Cette pression foncière pousse certains planteurs à migrer vers des pays voisins, notamment le Libéria, à la recherche de nouvelles terres plus accessibles.
Pour le consultant de la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), les incertitudes liées à la valorisation du bois issu des systèmes agroforestiers freinent l’adoption de pratiques pourtant encouragées dans une perspective de durabilité environnementale.

Vers un plaidoyer pour un meilleur prix au producteur
Pour le PCA de l’INADES, les conclusions de cette étude doivent servir de base à un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des réalités du terrain dans la fixation du prix au producteur.
« Si l’on met bout à bout les efforts humains, les intrants, l’entretien des plantations et les investissements nécessaires au renouvellement des vergers, il devient évident que le prix doit tenir compte des facteurs environnementaux et sociaux », a-t-il indiqué.
L’objectif est désormais d’engager un dialogue constructif avec les partenaires financiers et les autorités publiques afin d’identifier des solutions susceptibles d’améliorer la part revenant aux producteurs.
Dans cette optique, la diversification des cultures et le développement d’une agroforesterie à vocation économique apparaissent comme des pistes à explorer pour réduire la dépendance des ménages agricoles aux revenus issus du seul cacao.
Randohle .A
AI Assistant
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