Mois : février 2026

Côte d’Ivoire : Une étude  sur les coûts de production du cacao révèle les défis de durabilité pour les producteurs

À l’heure où la durabilité de la cacaoculture ivoirienne est au cœur des débats internationaux, une nouvelle étude sur les coûts de production du cacao vient relancer la réflexion sur l’avenir de la filière. Présentée officiellement par l’INADES-FORMATION  COTE D’IVOIRE  en collaboration avec la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), cette recherche met en lumière les défis structurels auxquels font face les producteurs dans un contexte marqué par le vieillissement des plantations, la raréfaction de la main-d’œuvre et les effets du changement climatique.

L’atelier de restitution de cette étude menée pendant la petite traite et la grande traite de la campagne de 2024/2025 a eu lieu le mardi 24 Février 2026,   dans la commune du Plateau. Dans son mot d’ouverture, TETIALI DIGBEU, Président du Conseil d’Administration de l’organisation a insisté sur la nécessité de replacer le producteur au centre des politiques agricoles. Pour lui, comprendre les coûts réels de production du cacao est aujourd’hui indispensable pour bâtir une filière plus équitable et durable.

« La durabilité ne peut être dissociée de la rentabilité », a-t-il souligné, appelant à une meilleure prise en compte du travail familial dans la fixation du prix bord champ. Il a par ailleurs rappelé que le cacao constitue un pilier essentiel de subsistance pour des millions de familles ivoiriennes, d’où l’importance d’évaluer avec précision l’ensemble des efforts humains, matériels et financiers mobilisés dans la production.

Menée dans treize départements répartis sur huit régions du pays, Une rentabilité de plus en plus fragile, L’étude menée sur les campagnes agricoles 2024-2025 et 2025-2026 estime les coûts de production entre 1 300 et 1 500 FCFA par kilogramme de cacao, selon les hypothèses retenues pour valoriser le travail familial.

L’analyse de la structure des coûts met en évidence des variations significatives selon l’hypothèse retenue pour la valorisation du travail familial.

Lorsque celui-ci est estimé à 3 000 FCFA par jour, certains postes apparaissent particulièrement déterminants. Le coût de la terre représente environ 13 % des dépenses totales, tandis que les activités de récolte et de post-récolte avoisinent 22 %. Lorsque les opérations de post-récolte sont considérées isolément, leur poids peut atteindre 27 % du coût global. Les coûts cachés occupent également une place importante, représentant environ 21 % des dépenses totales. Par ailleurs, les opérations d’entretien des plantations comprenant le nettoyage, la taille, les traitements phytosanitaires et l’apport d’engrais, représentent près de 15 % de l’ensemble des coûts.

Lorsque la valorisation du travail familial est portée à 5 000 FCFA par jour, le coût moyen de production s’élève à 1 522 FCFA par kilogramme, contre 1 322 FCFA par kilogramme dans l’hypothèse d’une rémunération journalière de 3 000 FCFA. Or, ces niveaux de coûts sont aujourd’hui très proches du prix bord champ, ce qui limite fortement les marges bénéficiaires des planteurs. Dans certains cas, les charges réelles excèdent même les revenus tirés de la vente du cacao

Une tendance confirmée par  François Ruf, consultant principal de l’étude, qui souligne une hausse progressive des charges liées notamment à la récolte, aux traitements phytosanitaires, au transport, mais aussi aux coûts dits cachés tels que les pertes post-récolte ou les fraudes sur les pesées.

Cette étude a révélé aussi que  la cacaoculture ivoirienne serait entrée dans une phase dite de récession structurelle, caractérisée par la fin de la rente forestière qui permettait autrefois de cultiver sans recours massif aux intrants agricoles. Aujourd’hui, la dégradation des sols, la prolifération des maladies comme le swollen shoot et l’augmentation du coût du travail contraignent les producteurs à investir davantage pour maintenir leurs rendements.

En moyenne, près de 150 jours de travail sont désormais nécessaires pour produire une tonne de cacao, signe d’une baisse tendancielle de la productivité liée aux mutations environnementales et socio-économiques.

L’étude met également en évidence un déficit critique de replantation : seulement 24 % des planteurs procèdent au renouvellement de leurs vergers, exposant ainsi la filière à une érosion progressive des rendements. Cette situation compromet la durabilité des exploitations, d’autant que les coûts de replantation restent largement sous-estimés dans les calculs actuels de production.

Cette situation compromet non seulement la rentabilité des exploitations, mais également leur durabilité. En effet, les dépenses liées à la replantation  pourtant indispensables face au vieillissement des vergers restent insuffisamment prises en compte dans les coûts actuels, en raison du faible taux de renouvellement des plantations observé sur le terrain.

Des impacts socio-économiques et environnementaux

Face à ces contraintes économiques, de nombreux jeunes producteurs peinent à accéder à la terre, dont le coût peut atteindre jusqu’à un million de FCFA pour un hectare dans certaines zones comme Soubré. Cette pression foncière pousse certains planteurs à migrer vers des pays voisins, notamment le Libéria, à la recherche de nouvelles terres plus accessibles.

Pour le consultant de  la structure agricole de Développement Rural de Côte d’Ivoire (SADRCI), les incertitudes liées à la valorisation du bois issu des systèmes agroforestiers freinent l’adoption de pratiques pourtant encouragées dans une perspective de durabilité environnementale.

Vers un plaidoyer pour un meilleur prix au producteur

Pour le PCA de l’INADES, les conclusions de cette étude doivent servir de base à un plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des réalités du terrain dans la fixation du prix au producteur.

« Si l’on met bout à bout les efforts humains, les intrants, l’entretien des plantations et les investissements nécessaires au renouvellement des vergers, il devient évident que le prix doit tenir compte des facteurs environnementaux et sociaux », a-t-il indiqué.

L’objectif est désormais d’engager un dialogue constructif avec les partenaires financiers et les autorités publiques afin d’identifier des solutions susceptibles d’améliorer la part revenant aux producteurs.

Dans cette optique, la diversification des cultures et le développement d’une agroforesterie à vocation économique apparaissent comme des pistes à explorer pour réduire la dépendance des ménages agricoles aux revenus issus du seul cacao.

Randohle .A

L’UDCI San Pedro et la coopérative ECAD parrainent le Mahoulid à Gabiadji et sensibilisent à l’agriculture durable

La coopérative ECAD, dirigée par son PCA M. Bayoué Oumarou, en partenariat avec l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI) – Coordination San Pedro, a eu le privilège de parrainer la cérémonie de Mahoulid organisée par le grand groupe islamique Ançar Dine de Gabiadji, ce lundi 9 février 2026.

À cette occasion, le coordonnateur départemental a invité les illustres imams à élever des prières de bénédiction pour la cohésion sociale et la paix en Côte d’Ivoire, des valeurs prônées par le Président national de l’UDCI, M. Téhé Mansou, ainsi que par le parrain, le Ministre d’État, Ministre de la Défense et Vice-Premier Ministre, M. Téné Brahima Ouattara.

Au-delà de l’aspect spirituel, cette rencontre a été un cadre privilégié de sensibilisation sur l’agriculture durable, un enjeu majeur pour la localité de Gabiadji dont la communauté est essentiellement composée d’agriculteurs. Les échanges ont porté sur l’importance des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, l’amélioration des rendements et la valorisation des productions locales.

L’UDCI a, à cet effet, présenté sa vision et son engagement à contribuer activement au développement rural, notamment à travers l’accompagnement des producteurs, le renforcement des capacités, l’appui à l’organisation des agriculteurs en coopératives et la promotion de projets agricoles générateurs de revenus.

Cette démarche vise à améliorer durablement les conditions de vie des populations rurales tout en consolidant la cohésion sociale.

C’est dans une immense joie et une atmosphère de fraternité que la cérémonie a pris fin ce mardi 10 février 2026 à 13 heures

KEVIN KPANGNI

Gnity-Cailloux : la cohésion sociale, un levier pour une agriculture durable

 À Gnity-Cailloux, dans le département de San Pedro, l’Église CMA a organisé une croisade de prière placée sous le signe de la paix, de l’unité nationale et du vivre-ensemble. C’était le samedi 7 février 2026.  Une initiative spirituelle qui a rassemblé fidèles, responsables religieux et acteurs communautaires, dans un contexte où la cohésion sociale demeure un enjeu majeur pour les zones rurales.

Parmi les personnalités présentes, la coordination départementale de l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI) de San Pedro, conduite par son délégué départemental, M. Bayoué Oumarou, également Président du Conseil d’Administration de l’Entreprise Coopérative Agricole (ECAD), a marqué sa participation à cette rencontre.

Au cours de la cérémonie, les responsables religieux ont appelé à la prière pour la paix durable, la stabilité et l’unité nationale. Prenant la parole, le délégué départemental de l’UDCI a invité les pasteurs à porter dans leurs prières les préoccupations des communautés, soulignant que la paix sociale constitue un pilier essentiel du développement local, notamment pour les activités agricoles qui structurent l’économie de la localité.

Cette participation s’est faite au nom du parrain de la cérémonie, M. Téné Ibrahima Ouattara, dont l’engagement en faveur de la concorde nationale et du développement harmonieux des populations a été rappelé à cette occasion.

À travers cette présence, l’UDCI San Pedro réaffirme son attachement aux initiatives spirituelles et citoyennes visant à renforcer les liens sociaux et à préserver un climat apaisé, condition indispensable à la production agricole, à la sécurité alimentaire et au développement durable des communautés rurales.

KEVIN KPANGNI

Gnanké : l’UDCI et la coopérative agricole ECAD sensibilisent les agriculteurs à la cohésion sociale et au développement durable

Gnanké (Méagui), mardi 03 février 2025

Le Départemental de l’Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI), section San-Pedro, conduit par M. Bayoue Oumarou, Président du Conseil d’Administration (PCA) de la coopérative agricole ECAD, a effectué une visite de terrain à Gnanké, localité située à environ 15 kilomètres de Méagui.

Accompagnée d’une délégation composée de leaders communautaires et d’acteurs du monde agricole, l’équipe de l’UDCI est allée à la rencontre des agriculteurs et producteurs locaux, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation axée sur la cohésion sociale, le vivre-ensemble, la paix et le développement durable en milieu rural.

Cette rencontre a permis d’instaurer un dialogue direct avec les producteurs, principalement engagés dans les cultures vivrières et de rente. Les échanges ont porté sur les défis liés à la production agricole, à l’accès aux intrants, à la structuration des filières ainsi qu’à la nécessité de renforcer la solidarité entre communautés pour bâtir une agriculture résiliente.

À cette occasion, M. Bayoue Oumarou a présenté les missions et actions de la coopérative agricole ECAD, basée à Gnitty Cailloux, qui œuvre activement pour l’encadrement technique des agriculteurs, l’amélioration des rendements, la valorisation des produits locaux et l’autonomisation économique des producteurs.

« Le développement de la Côte d’Ivoire repose en grande partie sur ses agriculteurs. À travers ECAD et l’UDCI, nous voulons accompagner les producteurs, promouvoir la paix sociale et créer des opportunités durables pour les communautés rurales », a souligné le PCA.

Profitant de cette rencontre, les populations de Gnanké ont également exprimé plusieurs doléances majeures, notamment la réalisation d’un forage hydraulique pour améliorer l’accès à l’eau potable, ainsi que la construction de bâtiments de classes afin de renforcer les capacités éducatives du village. Des besoins jugés prioritaires pour favoriser le bien-être des habitants et l’avenir des jeunes générations.

Le mouvement Union pour le Développement de la Côte d’Ivoire (UDCI), parrainé par Son Excellence Téné Ibrahima, Vice-Premier ministre de la République de Côte d’Ivoire, se positionne comme un acteur engagé dans la promotion de la paix, de la solidarité nationale et du développement inclusif. À travers cette initiative de proximité, l’UDCI réaffirme sa volonté de placer l’agriculture et les populations rurales au cœur des politiques de développement.

Les populations de Gnanké ont salué cette démarche citoyenne et exprimé leur reconnaissance envers l’UDCI et la coopérative ECAD pour leur engagement constant en faveur du monde agricole et du progrès local.

KEVIN PANGNI

Agriculture/Environnement: Les femmes maraîchères du Poro face au choc climatique

Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le maraîchage féminin, pilier discret mais essentiel de la sécurité alimentaire, vacille sous l’effet d’un climat devenu instable. Dans la région du Poro, les saisons ne répondent plus aux repères d’hier. Les pluies arrivent trop tôt ou trop tard, parfois avec une violence inédite, parfois dans une absence prolongée. Entre excès d’eau et sécheresse brutale, les femmes qui cultivent les bas-fonds apprennent à travailler une terre qui ne leur parle plus comme avant.  De Mongaha à Bahouakaha, de Koko Djélisso à Dikodougou, les champs racontent une même histoire, celle d’une agriculture sous pression. Une enquête menée en janvier 2025 auprès de 395 femmes maraîchères révèle que plus de 95 % d’entre elles se disent directement affectées par les effets du changement climatique. Derrière ce chiffre, ce sont des vies fragilisées, des économies familiales menacées, une sécurité alimentaire locale qui vacille.

Il est huit heures du matin à Mongaha ce 10 janvier 2025, quartier périphérique de Korhogo, pourtant situé à proximité d’une forêt classée. Le soleil est déjà écrasant. Dans le jardin maraîcher de l’association Yefouyiplin, qui signifie « réunissons-nous » en langue sénoufo, les femmes retournent une terre devenue compacte, parfois stérile. Les choux ont pourri après des pluies excessives, les feuilles de laitue jaunissent sous un soleil trop brutal. La détresse se lit dans les gestes lents, dans les silences.

Yéo Yallah, veuve depuis vingt ans et mère de sept enfants, a longtemps vécu de cette parcelle. Aujourd’hui, malgré ses efforts, elle peine à assurer la ration quotidienne de sa famille. Avant, confie-t-elle à voix basse, on savait quand semer et quand récolter. Aujourd’hui, la pluie vient quand elle veut.

À quelques kilomètres de là, de l’autre côté de la route, dans le quartier de Koko Djélisso, Tuo Penan affronte un autre visage du dérèglement climatique. Arrosoir à la main, daba posée à l’épaule, elle observe son champ partiellement submergé. En décembre 2024, des pluies inhabituelles pour cette période de l’année ont transformé la parcelle en zone inondée. Pour s’adapter, elle a rehaussé les buttes, tenté de canaliser l’eau, mais les pertes s’accumulent.

À Dikodougou et à Bahouakaha, le décor est inversé. Ici, ce sont les puits traditionnels qui racontent la crise. Des trous béants, asséchés, sans la moindre goutte d’eau. Les rivières se sont retirées. Soro Yedi, assise à l’ombre d’un arbre, le menton posé sur la main, regarde avec amertume ses plants desséchés. Depuis des semaines, dit-elle, il n’y a plus d’eau pour arroser le jardin. Les puits creusés à la main sont vides. On ne sait plus à quel saint se vouer.

À Dikodougou, le constat est partagé jusque dans les institutions. Soro Nicolas, premier adjoint au maire, évoque sans détour le déclin agricole de sa commune, autrefois considérée comme un pôle économique du Poro.  Dikodougou, explique-t-il, « alimentait les marchés environnants. Les commerçants venaient de Korhogo pour s’y approvisionner. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. La commune dépend des produits venus d’ailleurs. Le changement climatique a fait perdre aux producteurs la maîtrise de leurs cultures. »

« Les barrages sont à sec. Là où l’eau ne manquait jamais, les femmes ne trouvent plus une goutte. Autrefois, on semait en mai, la récolte était garantie. Aujourd’hui, en juillet et en août, périodes censées être les plus arrosées, la sécheresse frappe sans prévenir. Les plants meurent en terre ». a-t-il ajouté

Cette réalité locale s’inscrit dans une tendance nationale documentée. La Côte d’Ivoire, pays de saisons, voit ses repères climatiques se brouiller. Les données climatologiques nationales montrent qu’entre 1961 et 2016, le pays a connu une baisse progressive des précipitations moyennes, estimée entre 10 et 20 % selon les zones, tandis que la température moyenne a augmenté d’environ un degré Celsius. Cette hausse, en apparence modérée, suffit à intensifier l’évaporation, à assécher les sols et à perturber les cycles agricoles.

PEBANA YANA DAVID SILUE, maître de conférences de géographie à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, observe cette évolution depuis plusieurs années. Il explique qu’une année peut enregistrer jusqu’à 1500 millimètres de pluie, tandis que l’année suivante dépasse à peine 700 millimètres. Traditionnellement, le mois d’août concentrait les pluies les plus abondantes.

Selon la Société d’Exploitation et de Développement Aéroportuaire, Aéronautique et Météorologique (SODEXAM)  le nord de la Côte d’Ivoire est caractérisé par un régime pluviométrique unimodal, avec un maximum des précipitations concentré entre juillet et septembre. En 2024, les cumuls de pluie enregistrés sur cette période dans la zone des savanes, incluant Korhogo, se situent globalement dans les normales climatiques, avec des volumes compris entre 300 et 450 mm pour la période septembre–novembre, et des pics pluviométriques observés en juillet et septembre.
Cependant, la SODEXAM relève une forte irrégularité intra-saisonnière, marquée par des pluies intenses sur de courtes durées, parfois supérieures à 30 à 50 mm en une seule journée, suivies de séquences sèches prolongées.

Ce dérèglement a des conséquences directes sur les cultures maraîchères. Lorsque l’eau arrive en excès, elle provoque des inondations et détruit les semis. Lorsqu’elle manque, les plantes subissent un stress hydrique sévère. Dans les deux cas, les pertes sont lourdes.  A-t-il souligné

Dérèglement climatique contribue à la pauvreté dans cette région

En 2021, la pauvreté monétaire touche 37,5 % de la population ivoirienne, mais elle reste massivement concentrée en milieu rural. Plus d’une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté dans les campagnes, contre un peu plus de 20 % en zone urbaine. Les régions du Nord figurent parmi les plus affectées, avec des taux dépassant largement la moyenne nationale, selon les données de l’Enquête Harmonisée sur les Conditions de Vie des Ménages (EHCVM)  réalisées de novembre 2021 à juillet 2022 ;

Dans le Poro, cette vulnérabilité structurelle accentue l’impact du changement climatique sur les femmes maraîchères. Trois femmes sur quatre ont perdu au moins une récolte au cours des deux dernières années. Là où certaines coopératives produisaient plus de 100 tonnes il y a cinq ans, elles peinent aujourd’hui à atteindre 10 tonnes par an. « avant une seule récolte de carottes pouvait me rapporter jusqu’à 500 000 fcfa  (cinq cent mille francs CFA). Aujourd’hui, gagner cinquante mille francs relève du combat » s’est exprimée  Tuo Penan

 Louis Ebali, agent à la Direction régionale de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique du Poro, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences sociales de la crise climatique.

« Il faut comprendre que pour ces femmes, le maraîchage n’est pas une activité secondaire ou un simple passe-temps. C’est le moteur vital de la famille. C’est cet argent qui finance l’alimentation quotidienne, les soins de santé et, surtout, l’éducation des enfants.

Aujourd’hui, le constat sur le terrain est douloureux : le peu que ces femmes parviennent à récolter ne suffit même plus à couvrir les besoins alimentaires de base. Or, dans notre région, ce sont elles qui portent l’essentiel des dépenses du foyer sur leurs épaules. Lorsque les récoltes chutent, ce n’est pas seulement un champ qui est perdu, c’est toute l’économie familiale qui vacille et menace de s’écrouler. »

Agnero Hermès, doctorant en sociologie et développement local à l’Université Péléforo-Gon Coulibaly, confirme cette chute brutale des revenus. Là où certaines exploitantes tiraient auparavant trente à quarante mille francs CFA par cycle de production, elles se retrouvent aujourd’hui autour de dix à quatorze mille francs. Une précarité qui s’installe durablement.

L’anaphabetisation un frein

L’accès à l’information constitue un autre obstacle majeur. Selon Soro Gaoussou, président de l’ONG Animation Rurale de Korhogo (ARK), une organisation qui  est spécialisée dans le developpement durable, près de 90 % des productrices ne savent ni lire ni écrire. Les messages de sensibilisation, souvent techniques et écrits, ne sont pas adaptés à leur réalité. Il plaide pour des outils visuels, pratiques, et pour une meilleure coordination entre chercheurs, ONG et pouvoirs publics afin d’accompagner durablement les agricultrices.

Engagement des autorités locales

Les autorités locales tentent d’apporter des réponses. À Korhogo, la mairie distribue ponctuellement des intrants agricoles. Plus de trois cents représentantes de femmes ont récemment bénéficié d’un appui en engrais. Mais ces aides restent limitées face à l’ampleur du défi climatique, selon Yacouba Coulibaly  directeur de cabinet du maire de Korhogo

À Dikodougou, la mairie tente de soutenir les femmes maraîchères malgré des moyens limités. Les autorités municipales annoncent leur intention d’intégrer, pour la première fois, des actions d’adaptation des femmes face au changement climatique dans le prochain programme triennal de développement communal.

Selon Nicolas Soro, premier adjoint au maire, cette prise de conscience est récente. Informée lors d’échanges à Abidjan de la possibilité pour les collectivités locales de porter des projets climatiques en faveur des femmes rurales, la municipalité prévoit d’inscrire ces initiatives dans son budget triennal à venir. Une étape institutionnelle jugée essentielle pour structurer un appui plus durable aux agricultrices confrontées aux effets du dérèglement climatique.

 Résilience  et  Adaptation  des femmes jardinières

Face au dérèglement climatique, les femmes jardinières du nord ivoirien ne se contentent plus de subir. Sur le terrain, leurs initiatives relèvent à la fois de l’adaptation et de la résilience. L’adaptation s’exprime dans les changements immédiats de pratiques agricoles. Pour faire face à la sécheresse et aux pluies imprévisibles, certaines utilisent des semences plus résistantes, surélèvent les buttes, creusent des puits artisanaux ou pratiquent la rotation des cultures. Ces ajustements visent à maintenir la production dans un contexte climatique devenu incertain.

 Comme  Tuo Penan, 8 femmes sur 10 expérimentent  l’agroecologie des cultures et la rotation des espèces. Elle mélange chou, salade et carotte sur une même parcelle. Si l’une échoue, l’autre peut réussir. Pour elle, c’est une stratégie de survie plus qu’un choix.

D’autres, comme Soro Sita, s’adonnent à des petits  métiers par exemple  les petits commerces ou la fabrication d’attiéké pour tenir les deux bouts.

Mais au-delà de ces réponses techniques, les femmes développent une véritable résilience communautaire. En s’organisant en associations, en mutualisant les efforts et en s’appuyant sur la solidarité locale, elles cherchent à absorber les chocs répétés sans perdre leurs moyens de subsistance. Cette résilience, encore fragile, repose largement sur leur capacité à rester unies face à l’adversité, en l’absence d’un accompagnement structurel suffisant

Solutions proposées par les chercheurs

Face à l’instabilité climatique, la recherche agronomique explore des alternatives capables de sécuriser les productions agricoles. À l’Université Péléforo-Gon Coulibaly de Korhogo, le Dr Koné Dofungo, enseignant-chercheur à l’Institut de gestion agropastorale, met en avant deux pistes majeures d’adaptation : l’adoption de variétés à cycle court et le développement de la culture hors sol.

Selon lui, la recherche s’oriente de plus en plus vers des semences dont le cycle de production est réduit, afin de limiter l’exposition des cultures aux aléas climatiques. L’exemple le plus emblématique reste le riz NERICA, New Rice for Africa, développé par Africa Rice. Contrairement aux variétés traditionnelles locales, dont le cycle pouvait durer cinq à six mois, le NERICA atteint la maturité en environ trois mois. Une réduction du cycle qui diminue considérablement les risques liés aux sécheresses, aux pluies excessives ou aux perturbations saisonnières.

Autre levier d’adaptation, la culture hors sol. Cette technique permet de mieux contrôler l’eau et les fertilisants, tout en s’affranchissant partiellement des contraintes liées à la dégradation des sols et à la raréfaction des ressources hydriques. Pour le chercheur, cette approche offre une réponse concrète aux défis posés par le changement climatique, en améliorant la résilience des exploitations agricoles, notamment celles portées par les femmes.

L’appel à l’action est urgent, Agir maintenant pour ne pas laisser le Nord s’éteindre

À Korhogo, Dikodougou comme à Bahouakaha une sous-préfecture de Sinematiali, la détermination des maraîchères ne suffit plus face au chaos climatique. Lorsque leurs jardins meurent, c’est l’éducation, la santé et l’alimentation de toute une génération qui sont sacrifiées. Les pouvoirs publics et les partenaires au développement doivent impérativement investir dans des systèmes d’irrigation modernes, des semences résilientes et des formations adaptées aux femmes rurales. Soutenir ces « sentinelles de la terre », c’est sauver le pilier économique de nos foyers. Le grenier du Poro ne doit pas devenir un désert par simple indifférence.

Enquête réalisée par Randohle.A

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